Entretien Exclusif : Volodymyr Zelensky livre ses vérités sur une guerre à la croisée des chemins – News


Dans un monde où l’actualité brûlante du Proche-Orient semble parfois occulter les plaines boueuses du Donbass, la voix de Volodymyr Zelensky résonne avec une clarté nécessaire et brutale. Lors d’un entretien exclusif accordé au journal Le Monde, le président ukrainien s’est livré à une analyse sans concession de la situation géopolitique actuelle, des rapports de force avec Moscou et des attentes, parfois déçues, envers ses alliés occidentaux.
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Le piège des mots et la réalité du terrain
L’entretien s’ouvre sur un constat cinglant : la confiance envers le Kremlin est réduite à néant. “On ne peut plus croire aux paroles de Poutine”, martèle Zelensky, rappelant que les promesses passées, de l’annexion de la Crimée aux jours précédant l’invasion de février 2022, n’ont été que des paravents pour l’agression. Pour le chef de l’État, le narratif russe d’une impasse militaire est une arme de propagande destinée à décourager les soutiens de l’Ukraine, notamment aux États-Unis. Contrairement à l’idée reçue, Zelensky affirme que la stabilité du front est, en réalité, un échec pour l’envahisseur. Si la Russie ne progresse pas, elle échoue dans son objectif d’occupation totale.
La pression diplomatique : le rôle pivot des États-Unis
Le président ukrainien ne cache pas sa lecture des intentions américaines, en pleine période électorale outre-Atlantique. Si Donald Trump exprime le souhait de terminer la guerre rapidement, Zelensky pose une condition sine qua non : la paix ne doit pas se faire par une pression accrue sur l’Ukraine pour qu’elle cède ses terres, mais par une pression décuplée sur la Russie pour qu’elle cesse son agression. Il regrette ouvertement que certains partenaires voient en Poutine une volonté de paix là où Kiev ne voit qu’une volonté d’anéantissement. Selon lui, la levée précoce de certaines sanctions a déjà permis à Moscou d’engranger des milliards, finançant ainsi la poursuite des hostilités.
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L’expertise ukrainienne au service du monde

Un point surprenant de cet entretien révèle l’influence croissante de l’Ukraine sur la scène sécuritaire mondiale. Sollicitée par les États-Unis, l’Ukraine partage désormais son expertise unique en matière de défense antiaérienne et de lutte contre les drones avec des pays du Golfe, comme l’Arabie saoudite, le Qatar ou les Émirats arabes unis. Zelensky souligne que cette aide est naturelle entre partenaires : “Les partenaires doivent s’entraider”. En retour, il espère que ces nations pourront aider l’Ukraine à combler son déficit en missiles de défense aérienne.
L’axe Moscou-Téhéran et la menace globale
Le président a également apporté des preuves de l’implication de l’Iran aux côtés de la Russie. Des débris de drones utilisés par l’Iran contre des pays du Proche-Orient contiennent des composants de fabrication russe, prouvant un échange technologique et de renseignement profond entre les deux régimes. Cette alliance renforce la conviction de Zelensky que la guerre en Ukraine n’est pas un conflit régional, mais le front pionnier d’une instabilité globale.
Le prix de la justice et l’avenir de la nation

Interrogé sur la notion de victoire, Volodymyr Zelensky devient grave. Pour lui, le mot “victoire” est empreint d’une douleur immense en raison des pertes humaines irremplaçables. Néanmoins, la justice reste l’objectif ultime. Il croit fermement qu’à “la fin de la vie, il y aura une facture à payer” pour les crimes commis.
Quant à l’organisation d’élections, le président est catégorique : la Constitution interdit tout scrutin en temps de guerre. La priorité absolue demeure la survie de l’État et la protection des citoyens. Pour Zelensky, l’avenir ne peut se construire sur des compromis territoriaux qui ne seraient que des bombes à retardement pour les générations futures. “Nous ne voulons pas d’un nouveau 24 février dans deux ou trois ans”, explique-t-il, refusant de troquer la sécurité réelle de l’armée ukrainienne contre des garanties de papier.
Cet entretien dépeint un leader combatif, conscient des périls mais refusant de céder au fatalisme. Entre les lignes, c’est un appel vibrant à la cohérence de l’Occident : pour que la guerre s’arrête, il faut forcer le prédateur à reculer, et non demander à la victime de s’effacer.