Le meurtre de Susanna Zetterberg : une affaire qui a semé la terreur à Paris à l’époque où les femmes devaient prendre un taxi la nuit. – News

Le meurtre de Susanna Zetterberg : une affaire qui a semé la terreur à Paris à l’époque où les femmes devaient prendre un taxi la nuit.

Bruno Cholet, le faux taxi. En 2008, il a enlevé, tué puis brûlé une étudiante suédoise, Suzanne Zaterberg. Elle était grande, blonde, incroyablement belle et elle profitait de la vie parisienne. Elle ne s’est pas méfiée de celui qui se prétendait chauffeur de taxi. Une enquête éclaire 5 jours menée par des policiers d’élite pour mettre hors d’état de nuire un homme particulièrement dangereux, un multirécidiviste qui avait déjà passé la moitié de sa vie en prison.
Quand il a été arrêté, Cholet était de nouveau en chasse. Yes. Je suis appelé par l’adjoint du commandant de compagnie qui nous demande d’intervenir sur une découverte de cadavres à Vili Saint-Léonard. Un corps partiellement brûlé. Le corps a été découvert à peu près à cet endroit et la dame qui a découvert le corps de de ce chemin forestier.
Elle a d’abord aperçu le bouchon de Jerican. Ça lui a perdu bizarre. Elle s’est tournée, elle a vu ce qu’elle décrit comme un ha, un ha de chair. Elle s’est approchée, elle a senti une odeur d’essence, elle a eu peur. Elle est allée chercher ses voisins. Le corps, il est dans une position face contre terre, la tête légèrement inclinée, il est bien brûlé.
On a les épaules qui sont brûlées, le dos qui est brûlé. On verra par la suite que la poitrine est brûlée, est brûlé le bassin au 2e 3e degré tout ça. Il reste une partie du jean. tout le haut du corps, tout le reste, il y a pratiquement plus de vêtements ou alors des lambeaux. Lorsqu’on va retourner le corps, on peut dire que c’est une femme de 20 35 ans, cheveux chatin clair, très clair.
On distingue la face. La face n’est pas n’est pas totalement brûlée. Donc on distingue la face. On voit que les yeux sont bleus. On aperçoit derrière l’oreille un orifice d’entrée d’un projectile pouvant être d’un diamètre de 5 mm à peu près. À côté du corps, de part et d’autre, on va retrouver deux étuillies percutées de calibre 22 long rif, donc 5 mm5 et sous le corps un autre étruit.
Donc en tout, on a trois douilles. Les mains sont dans le dos menotées avec des menottes pourtant le logo made in Chine. Des menottes que l’on peut trouver dans dans des sexes shop. Un corps de femme, des douilles mais aucun papier d’identité. peut s’agir d’un endroit d’un lieu de rencontre puisqu’on retrouve des préservatifs usagers à proximité et puis un vieux slip qui a également été saisi.
On a pensé à un règlement de compte, on a pensé à une prostituée, on peut penser à un viol, on peut penser à plein de choses. Il y a aucun on peut pas fermer les portes. Une certitude. Le cadavre n’a pas été dissimulé mais abandonné à l’orée de la forêt. Beaucoup de jogers sont passés toute la matinée entre 6h30 et 11h45.
Mais eux ont vu effectivement ce qu’ils décrivent comme un mannequin. Donc ils se sont même pas arrêtés. Pour eux c’était un mannequin un mannequin de présentoir désarticulé. Donc quelqu’un se serait débarrassé. 5h plus tôt, une femme a alerté les pompiers. Elle passait en voiture au niveau du carrefour. On a l’heure exact, il est 6h47 et elle aperçoit des flammes dans le chemin forestier. Deux foyers d’incendie.
et les pompiers lui répondent que le temps étant humide, il y pleut plus ou moins, il n’y a aucun risque de propagation de l’incendie. Mais si elle dispose d’eau à l’intérieur de son véhicule, ce qui est le cas, puisqu’elle a de des bonbonnes d’eau pour donner à ses chiens, et bien elle peut éteindre les foyers d’incend qu’elle fait.
Elle va donc verser le contenu d’une bonbonne d’eau sur le corps. Elle croit à ce moment-là qu’il s’agit d’un mannequin de deventure de magasin. Une chose est certaine, si la jeune femme ne s’était pas arrêtée, n’avait pas éteint le feu, le corps aurait été totalement calciné et rien n’aurait permis l’identification.
Dominique, quelles sont les constatations que vont faire les légistes sur ce corps ? Alors, on sait qu’elle été frappée à la tête parce qu’elle a un hématome au front. On sait qu’elle présente des plais au niveau du sein gauche. Quatre plais perforantes qui ont été provoquées par une arme blanche, cylindrique, tranchante, sans doute un pic à glace.
Ces plais ont perforé et sont allés jusque dans le poumon. Le poumon était percé quatre fois. C’est rétracté. et la personne est morte asphyxier. L’agonie a duré plusieurs minutes. Elle a en plus reçu quatre balles à la tête. Trois balles tiré à bout touchant, le canon touchait la peau et une 4è à courte distance. Le médecin détermine une chronologie des faits.
D’abord les cou, ensuite le pic à glace et enfin l’arme à feu. Il détermine cette chronologie parce que les plai à la tête ont très peu saigné. Ce qui veut dire que le cœur était soit à l’arrêt, soit en train de s’arrêter. On sait également qu’elle était morte au moment où elle a été incinéré. On le sait parce qu’elle n’a pas inhalé de fumée de suit.
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Elle n’en a ni dans la bouche ni dans les poumons. Et dernier point, elle a consommé de l’alcool. Elle a 1 g 24 d’alcool par litre de sang. Est-ce qu’elle a été violée ? On ne peut pas le dire parce que les parties génitales ont été détruites par le feu. Et est-ce qu’on arrive à déterminer l’heure de la mort ? Oui, l’heure de la mort, on la situe 8h avant la découverte du corps.
Un promeneur a retrouvé le cadavre d’une jeune femme. Son corps a été brûlé et il n’a pour le moment pu être identifié. Toute personne est vu quelque chose sur le secteur, qu’il prenne contact avec la brigade de gendarmerie de lce. Nous sommes partis de l’hypothèse qu’ayant utilisé de l’essence pour mettre le feu au corps, le où les auteurs avaient très bien pu se brûler.
Nous avons lancé des investigations auprès de tous les hôpitaux de la région et effectivement on a trouvé deux personnes qui ce weekend là s’était brûlé là je crois avec un barbecue et cetera. On a vite fermé la porte mais il fallait faire. L’enquête de voisinage ne donne rien. Les premières maisons sont trop loin du sentier.
Mais lors d’un barrage filtrant sur la départementale voisine, les gendarmes recueillent un témoignage intéressant. Un individu qui partait à son travail est passé à cet endroit vers 6h25 et son attention est attirée ce matin-là par la présence d’un véhicule. Habituellement, il n’y a pas de véhicule qui stationne à cet endroit.
Un véhicule monospace blanc situé avant la barrière du chemin forestier. Il note que il n’y a pas de galerie sur le toit et puis il passe son chemin comme si de rien n’était. Il pense même reconnaître euh le logo de la marque. Il dit, il nous dit “Je suis certain, j’ai vu des chevrons, je pense que c’estàdire un Citroën.” Donc, on va lui montrer beaucoup de photos de véhicules monospace et il pense reconnaître un un Citroën évasion.
Les gendarmes vérifient s’il y a un monospace blanc n’a pas été flashé au cours de la nuit dans l’Oise ou en région parisienne. On a eu, je pense 280 véhicules verbalisés. Aucun ne correspondait à les descriptions qui nous étaient faites par le témoin qui avait vu un monospace blanc vitre teintée. Une voiture encore introuvable.
Un corps calciné vers 6h30 7h mo sans papier. Après 2 jours d’investigation, les gendarmes n’ont pas grand-chose. C’est alors que la BRDP, le service de recherche dédié aux personnes disparues, contacte le major Leclerc. J’ai reçu un coup de téléphone du capitaine Lambert Mariline. Madame Lambert a été saisie de la disparition du jeune d’une jeune ressortissante suédoise Suzanna Zeterberg 19 ans, étudiante à la Sorbonne.
Cette personne a disparu le 19 avril 5h. Suzanna Zterberg dit Sana blonde aux yeux bleus. Elle vivait depuis 8 mois à Paris dans le 18e arrondissement chez une amie de sa mère. C’est elle qui a alerté la police à 11h20 le samedi matin pour signaler la disparition de Sana. Déjà, elle est pas rentrée, elle n’a pas son travail, elle répondait pas au téléphone, elle retournait pas nos appels non plus.
Déjà ça c’est inquiétante et c’est c’était pas son style. Et ça, j’ai essayé d’exliquer au commissariat. Suzanna avait reçu la veille la visite de deux amis qui venaient de Suède. Elles avaient décidé d’aller passer, d’aller s’amuser en boîte de nuit. Elles avaient pas mal but, notamment Suzanna qui n’était pas ivre au point de ne pas tenir debout, mais qui était quand même dans un léger état d’ébriété.
Et puis vers 4h30, Suzanna dit à ses amis qu’elle doit regagner son domicile, qu’elle doit regagner le studio parce qu’elle va travailler le lendemain matin à 8h30 dans un magasin. Ses amis décident elle de rester encore un peu. Suzanna sort donc sur le trottoir et ses amis ne la reverront plus. Viveca ajoute que ses amis ont reçu un dernier appel de Susanna à 5h du matin.
Un appel plutôt alarmant. Elle dit que je suis dans un taxi mais c’est un peu bizarre mais je rentre bientôt je suis en route et bien sûr nous on je pensais qu’elle était enfermée quelque part qu’elle a été kidnappée quand l’ami de Suzanna contacte la police cela ne fait que 6 he qu’elle n’a plus de nouvelles de la jeune suédoise.
trop peu pour déclarer officiellement la disparition inquiétante d’une personne majeure. On n pas compris, rien s’est passé. Ils sont dit “Non, mais elle a trouvé, elle a rencontré quelqu’un, elle est sortie avec, elle va revenir.” Moi je connais Sana beaucoup mieux que eux par exemple. Alors, je vais pas la police pour parce que je trouve que c’est drôle.
J’y vais parce que je suis vraiment inquiétée et c’est là où je me suis dit là ça pas et j’ai appelé une copine qui est Boucat qui est arrivée à mon secours et son père et procureur c’est eux qui ont fait la démarche pour monter dans les les éelles pour montrer que c’était sérieux. Le lendemain, le dossier Suzanna passe du commissariat de quartier au service de recherche des personnes disparues, la BRDP.
La BRDP saisit l’opérateur téléphonique de Suzanna. Qu’est-ce que les policiers apprennent en étudiant son téléphone ? Ils apprennent qu’elle est montée à bord d’une voiture. Elle est sortie de la boîte de nuit là ce qu’elle à 4h30. Elle est montée dans une voiture et voilà la direction qu’elle aurait dû prendre.
Normalement pour rentrer chez elle dans le 18e arrondissement, c’est le trajet en bleu. Or à 4h50, son téléphone borne et il borne ici boulevard Saint-Germain, c’est-à-dire à l’opposé de la direction qu’elle devrait prendre. Elle téléphone à un ami mais cet ami ne répond pas. Une minute plus tard, elle est aux invalides près de la maison de la chimie.
Elle téléphone à un copain qui est en Italie et qui dira plus tard aux enquêteurs “J’ai pas compris ce qu’elle me racontait. J’ai l’impression qu’elle avait bu. Point suivant, 4h56. Elle est à la gare Saint-Lazar. Elle retourne un peu en direction de chez elle. Donc, on peut imaginer que le véhicule la ramène à son domicile, mais pas du tout puisque à 5h02, elle est dans le 17e Avenue Niel.
Elle repart à l’opposé de chez elle. Là, elle appelle son ami Vera, celle qui est venue lui rendre visite depuis la Suède. Ça dure 50 secondes. Et elle lui dit “Je suis à bord d’un taxi bizarre.” À partir de là, les choses s’accélèrent. La voiture prend le périphérique. La 1 direction le nord de Paris.
Suzanna la passer encore deux coups de fil à des copains qui ne répondent pas. À partir de là, son téléphone s’éteint et on a plus aucune nouvelle de Suzanna. Quand la BRDP tombe sur la découverte de cadavres signalé par les gendarmes en forêt de Chantill, le service transmet aussitôt au major une photo de la jeune suédoise.
Un selfie que l’étudiante a pris avec ses amis 2 heures avant sa disparition. On avait donc la tenue vestimentaire, la description exacte de la victime et effectivement il était fort probable qu’il s’agissait de Suzanna que le corps découvert était celui de Suzanna. Elle avait un foulard dont les motifs rouges et noir semblaient correspondre.
Elle avait un blouson noir à fermeture qui semblait correspondre à des lambeaux de vêtements retrouvés. Les yeux bleus, le physique, tout semblait correspondre. C’est désormais confirmé. Le corps retrouvé samedi en forêt de Chantill dans Loise et bien celui d’une jeune suédoise. Il s’agit de Susanna âgé de 19 ans.
Vendredi soir, la jeune femme sort avec des amis dans cette discothèque parisienne en plein cœur de la capitale. Des témoins la voi partir vers 5h du matin et se diriger vers une station de taxi. Ce qui est révoltant dans cette histoire, c’est qu’on s’aperçoit par la suite qu’à 15 minutes près, Suzanna serait reparti avec ses amis puisqu’elles ont décidé 15 minutes plus tard de repartir.
Il ne lui sera rien arrivé à 15 minutes près, c’est irréal. C’est ce qui s’est passé, c’est irréal. On est dans un mauvais endroit, dans un mauvais temps. Au début, on pensait ça si elle avait fait ça, si moi j’avais fait ça et cetera, ça aurait pas arrivé et cetera. Mais après on on peut pas ça mène à rien ça parce que hm Christian Fles à l’époque vous êtes le patron du fameux 36 qui est des orfèvres.
Pourquoi le procureur dessaisit-il les gendarmes au profit de la crime ? À partir du moment où on a pu établir que le cadavre retrouvé dans l’Oise était bien la personne qui avait disparu dans Paris, la il était plus cohérent qu’un seul service soit saisi et c’est le service qui avait la première disparition qui s’en est occupé.
C’est une sorte de compétence territoriale et de bonne administration de la justice qui est le critère qui permet à un parquet général de se dessaisir au profit d’un autre. C’est une affaire sensible. La jeune femme est suédoise, le quedé doit suivre le dossier. Ça vous met la pression ça ? L’affaire, elle est sensible dans la mesure où c’est une jeune femme qui n’a pas 20 ans, euh qui va en boîte de nuit au centre de Paris et qui disparaît.
Et elle est sensible dans la mesure où elle fait beaucoup d’échos dans la presse suédoise d’abord euh et ensuite dans la presse nationale française. Les parents de Suzanna arrivent de Suède. On va accueillir la famille, la mère évidemment effondrée qui d’ailleurs euh le jour même a fait un malaise, a été hospitalisée que l’on a été voir à l’hôpital.
La maman va nous dire que sa fille a déjà effectué des séjours à Paris, qu’elle maîtrise le français et elle va nous apporter une description qui va être à peu près similaire à celle de de ses amis, à savoir une jeune fille équilibrée, vive, intelligente. Suzanna croquait sa liberté d’étudiantees étrangère avec sa meilleure amie suédoise.
Elle a un mode de vie classique, typique d’une étudiante de son âge et qui viendrait à Paris pour étudier le français et découvrir la vie parisienne. Elle rigolait beaucoup le soir avant de sortir et tout ça et parfois j’étais obligée d’envoyer un texto en disant que maintenant euh je vais dormir et après elle sortait.
N’était pas une jeune fille frivole. Elle n’était pas influençable. Elle avait la tête sur les épaules, elle était sérieuse, tout en sachant évidemment s’amuser comme une jeune fille tout à fait normale de 19 ans. Elle n’aurait pas suivi n’importe qui dans n’importe quelle condition. Rien n’explique dans ses relations et dans les contacts et de ses fréquentations qu’on a qu’on ait pu la retrouver assassiné de la sorte.
Vous faites l’entourage de la jeune femme. Est-ce qu’elle avait des fréquentations louches à Paris ? Non, elle avait la vie d’une jeune femme étrangère qui était venue faire des des cours de civilisation française en France et qui avait prolongé son séjour. Elle avait trouvé un emploi dans un magasin pour subvenir à ses besoins et elle sortait comme beaucoup de jeunes euh le weekend.
Mais elle avait pas d’amis inquiétant. Elle avait rien dans son entourage qui nous permettait de faire un lien sur un enlèvement dans parmi les proches. Elle était quand même particulièrement jolie. Est-ce qu’elle s’est fait draguer un peu lourdement dans cette boîte de nuit ? Elle était avec ses amis et ses amis ne nous ont rien rapporté qui auraient pu laisser penser que quelqu’un avait pu l’attendre à la sortie euh après l’avoir rencontré à l’intérieur.
J’imagine que vous faites la tournée des compagnies de taxi pour savoir s’il y a une voiture qui l’a chargé. On fait la tournée des compagnies officielles de taxi et on n’ pas de de de taxi qu’on puisse identifier qui est pris une jeune femme pour l’emmener à son domicile de l’époque dans le 18e arrondissement.
La première information intéressante provient des réquisition sur les cartes bancaires. On s’est aperçu très vite que il y avait une utilisation de deux de ces cartes bancaires durant la nuit. Deux tentatives de retrait avaient été effectuées et de deux retraits effectifs deux fois dans un distributeur à la BNP de sans liss à 6h2 et 6h3 une fois dans un distributeur BNP de chantilly à 6h46 et la dernière fois dans un distributeur de l’USAche à 6h59 de retrait donc 100 à 100 liss et 200 € à l’usarche.
Donc à proximité même à 7 km du lieu où avait été découvert le cadavre de Sana Zéterbert. Ce qui est essentiel c’est que la caméra de vidéos surveillance du distributeur automatique de Sl a fonctionné. Le film est pris de hauteur et de profil, mais on voit l’auteur du retrait qui s’avance vers le distributeur.
On y voit un homme de 40 50 ans et qui se masque en partie de visage avec une charpe blanche. Il est un peu bedonnant. Il a une tenue vestimentaire particulière, une veste plutôt 3/4 en cuir ou semi cuir et il a une casquette qui a une forme particulière avec une petite visière mais pointue vers le haut avec quatre pans comme cousu.
Remarque qu’il a des mains boudinées avec le reflet, on a l’impression qu’il y a une différence de couleur entre une main et l’autre. On a même l’impression que ça pourrait être une prothèse. C’était le seul indice palpable sur l’auteur d’ffet qu’on avait. Tandis que des policiers travaillent sur l’entourage de Suzanna, sa téléphonie, sa carte bancaire, d’autres font le tour de la boîte de nuit.
Ses habitués, son voisinage, tout y passe. Et un chauffeur de taxi qui stationnait devant la Scala vers 4h20 du matin se souvient d’un détail. Différentes personnes sont venues le voir pour savoir s’il accepterait de les prendre en charge. Notamment une jeune fille blonde, grande, mince, qui s’exprimait avec un accent étranger, qui avait une élocution un peu difficile comme si elle était en état d’ébriété et qu’il avait dû refuser la course, la prise en charge parce que lui-même attendait déjà quelqu’un.
Les policiers lui présentent une photo de Suzanna. Elle ressemble à la jeune fille qui m’a demandé si j’étais libre. Dans le même temps, il voit arriver face à lui un véhicule monospace de couleur blanche. Il n’y prête pas particulièrement attention. Quelques instants plus tard, il regarde à nouveau devant lui.
Le véhicule monpace blanc a disparu. La jeune fille n’est plus sur le trottoir. Un monospace blanc et il ajoute un détail primordial. Ce n’était pas un taxi car il n’avait pas de rodateur à l’arrière. Et donc c’est cet élément déterminant qui nous a permis d’orienter très rapidement l’enquête. Ce monospace blanc, ce n’est pas un vrai taxi, c’est ce qu’on appelle un clandestin.
On peut penser effectivement à un taxi clandestin comme le ça se développe à ce moment-là dans la région parisienne. Et là dans l’organisation de la préfecture de police, il y a un service qui est spécialisé dans la réglementation des taxis et qui fait toute la répression autour des faux taxis.
Et c’est vers ce service qu’on appelle les bourg ou les boers. euh qu’on s’est tourné pour avoir des éléments sur des éventuels chauffeurs de taxi interpell en infraction devant la Scala ou ailleurs. Les hommes de la brigade criminelle interrogent le chef de l’unité des Boers. Des taxis clandestins ont-ils leurs habitudes aux abords de la Scala Rudriveli à Paris ? On a peu de noms vraiment à donner à nos homologues de de la Brigade criminelle, mais effectivement, nous ressortons deux trois noms de personnes que nous avons interpellé à cet endroit précis.
Et lorsque cette photo apparaît en fait sur mon ordinateur, ça sort vraiment instantanément de ma bouche. Je dis ça, c’est Bruno Cholet. C’est lui pour moi. C’est une certitude quand la photo apparaît. Bruno Cholet. Pierre Pipéri est formel, il le connaît bien, il l’a auditionné en garde à vue très récemment.
Bruno Cholet, c’est une personne que l’on avait interpellé plusieurs fois, que l’on connaît du secteur. Alors, essentiellement, il était un secteur plutôt gare du nord que l’on voyait en permanence et ce fameux pull qu’il porte en permanence sur lui avec ce grand col, il y a des il y a des points qui marquent des individus et là ça en fait partie.
Et puis la posture sur cette photo, la posture qu’il a avec la tête un peu baissée. Voilà, ça ça ça a parlé de suite quoi. Les Boer préviennent le 36, ils sont tombés sur un sacré client. 3 mois avant l’affaire Suzanna, les Boer l’ont toppé lors d’une marude dans le 10e arrondissement. Au moment où on passe devant la gare du Nord, je reconnais Bruno Cholet, je reconnais la Laguna et je vois une cliente qui monte dans le véhicule.
Le Boer tient son flagrant délit, mais il se méfie de ce chauffeur clandestin. Alors avec Cholet, c’est vrai que j’avais toujours peur que ça se passe mal parce qu’on savait qu’il avait une grosse cicatrice suite à une bagarre de de couteau. D’office, je leur ai dit à mes deux collègues, faites attention, il est dangereux.
Et arrivé au niveau de l’église Notre Dame de Laurette, il était bloqué par un feu rouge. On décide de l’interpeller et là il monte sur le trottoir et il prend la fuite. Et il se retrouve de nouveau bloqué à un autre feu. Il essaie de se dégager. Il tape légèrement dans un taxi. Il renverse un scooter.
à ce moment-là, il saute de sa voiture, il prend la fuite, il abandonne la voiture et la cliente. J’ai pas compris pourquoi il prenait la fuite puisque il sait que il est complètement grillé et que on sait que c’est lui. Il aggrave son cap. Moi, je je pense j’ai l’intuition qu’il avait une arme sur lui.
Bruno Cholet s’est finalement rendu une heure plus tard. Les boers mettent en garde leurs collègues du 36. Le type est corias et il a un beau pédigret. Effectivement, un suspect qui a un profil idéal, sachant que c’est un homme qui a un lourd passé judiciaire. Une 2 3 4 5 pages de casier judiciaire à 51 ans.
Vol avec violence, vol à main armée, tentative d’évasion. enlèvement viol. Il avait été condamné tôt pour viol alors qu’il avait 19 ans. En 78, Cholet est cope de 6 ans de prison pour enlèvement suivi de viol, extorsion de fond et vol avec violence. À sa sortie 5 ans plus tard, il récidive. Il va faire l’objet d’une deuxième condamnation criminelle pour deux faits de viol.
L’un commis sur une toute jeune fille de 21 ans et l’autre sur une enfant de 12 ans. En décembre 1983, Cholet en est à son troisème viol dont deux viols ont été commis avec une arme de point. C’est dire la dangerosité qu’il représente. Cholet est cope de 18 ans de prison. En avril 2008, au moment de l’assassinat de Suzanna Zeterberg, Cholet a passé près de la moitié de sa vie en prison.
Mais ça fait tout de même 9 ans qu’il est libre. Est-ce qu’il y a des similitudes entre ces affaires de viol et le meurtre de Suzanna ? Notre suspect, celui qui va être l’objet de toute notre attention, il a été déjà euh interpellé par les services de police pour des enlèvements où il a conduit les jeunes filles dans la forêt, les jeunes filles ont été liées aussi les mains dans le dos et on a des utilisations d’armes à feu.
Et d’ailleurs euh sa dernière condamnation euh c’est une détention d’armes et qui lui vaut d’ailleurs d’être sous contrôle judiciaire au moment où on s’intéresse à lui. Chez les Boer, le 36 glane une dernière information capitale. À vouloir donner plus d’éléments à nos collègues. J’appelle mon homologue direct de l’aéroport de Roassi parce que chez nous, vous savez, les taxi clandestins, lorsqu’ils sont trop interpellés à Paris, ils vont à Roissi et que ils sont trop interpellés à Roissi, il descendent à Paris. J’appelle
mon homologue à Roissi et je lui demande justement s’il a vu ces derniers temps Bruno Cholet. Mes collègues me disent, il a été interpellé début avril chez nous. il recherche dans ses archives et il me donne justement la marque et la couleur du véhicule qu’il qu’il utilisait à ce moment-là.
Et en occulence, c’était un monospace de couleur blanc. On a un nom effectivement un suspect qui a un profil idéal. Donc on a tous les éléments réunis qui nous permettent quand même d’orienter grandement l’enquête sur ce monsieur. Il va falloir travailler encore sur lui, sur sa téléphonie, sur ses comptes bancaires.
On s’aperçoit bien évidemment que dans la nuit des faits, son portable est coupé pendant la période de l’enlèvement. Cholet éteint son téléphone des 22h11 alors qu’il se trouve au niveau des Champs-Élysées. Et curieusement, l’appareil ne déclenche aucune cellule pendant la nuit. Il n’est rallumé que le lendemain, le samedi matin, à 9h56.
En fin d’après-midi, les réquisitions de la carte bleue de Bruno Cholet tombent. Le matin de la mort de Suzanna, il a réglé un parking d’hôtel porte de clich pour un montant de 9 €. Une équipe va se rendre immédiatement sur place, va interroger les personnels de l’hôtel. On va s’apercevoir que monsieur Brû Cholet apparaît clairement le samedi matin, [grognement] qu’il a réservé d’ailleurs une chambre à son nom, qu’il a présenté sa propre pièce d’identité pour réserver la chambre.
Là encore, la caméra de vidéosurveillance a fonctionné et on a des clichés très nets de l’arrivée de Cholet au volant de son véhicule monospace. Et on va voir l’arrivée à la réception de monsieur Bruno Cholet. Il porte un sacc translucide en plastique. À l’intérieur, on aperçoit une masse verte et surtout, il est vêtu d’une veste 3/4 en cuir et d’une casquette très caractéristique à petite visière pointue vers le haut avec quatre pans cousus.
Casquette identique à celle de l’homme qui effectue des retraits au distributeur automatique de son LCE. C’est énorme. C’est énorme. Grâce à cette mobilisation, ben on va arriver effectivement en très peu de temps à avoir ces résultats là. Alors évidemment, il y a aussi la chance qui joue parce que dans des accès criminel, il y a aussi la chance mais il faut la provoquer, aller au devant et très rapidement gratter comme on dit dans notre jargon sur les éléments que l’on a pour avancer.
On a beaucoup de satisfaction de se dire que on a un suspect et qu’il faut maintenant qu’on accumule les preuves pour qu’il puisse être condamné et mis aux ordres d’état de nuire. Vous décidez de l’interpeller ? On décide de poser les choses sur la table. C’est-à-dire que d’un côté, on peut aller l’interpeller avec les éléments qu’on a.
On peut aussi se dire que on passe à côté d’éventuels complices et aussi on n pas grand-chose à espérer de sa coopération pour nous dire comment ça s’est passé. et ensuite on peut décider d’attendre de le suivre et d’accumuler encore d’autres éléments. Donc on décide d’attendre. Donc la brigade criminelle sollicite la brigade de recherche et d’intervention avec qui il travaille quotidiennement pour suivre 24 heures sur 24 ce suspect pour regarder ce qu’il fait, voir son comportement et regarder les les relations qu’il peut avoir.
Enfin, c’est risqué. Vous vous ne craignez pas qu’il vous file entre les doigts. Si bien sûr, il y a un risque mais le risque il faut l’assumer et dans la mesure où le contexte comme vous l’avez rappelé, le contexte est un peu tendu, on me sollicite. J’ai validé. Le tout c’est qu’il fallait pas que on le perde de vue.
On a une photographie, on a une adresse, on a un type de véhicule, une matriculation. Donc on fait une vérife au domicile qui est négative. on repère pas son véhicule à proximité dans les rues voisinantes. Donc en fait, on reporte le dispositif sur la garde du nord dont on sait qu’il fréquente assidument le quartier.
Quand on arrive sur place aux alentours de 19h, on repère son véhicule qui est garé donc rue d’Inkerc et on identifie formellement le conducteur de ce fort galac comme étant Bruno Cholet d’après les photographies qu’on nous avait qu’on nous avait communiqué. Une dizaine de policiers cadrent le terrain. Le but du jeu c’était de se fondre vraiment dans la foule.
Voilà, la gare du Nord, c’est assez commode parce qu’il y a beaucoup de passages. En revanche, effectivement, on a souvent la vue masquée par des véhicules ou par des piétons. Là, on l’a vu aller dans un café, on l’a vu euh donc charger un client garde du nord et euh donc ensuite l’emmener dans le 14e arrondissement. On nous rapporte que effectivement, il sort, il fait quelques courses, il rencontre quelques personnes dans les débuts, dans les premières 24 heures, il y a rien d’intéressant.
La surveillance continue le lendemain. Là encore, rien d’anormal. Jusqu’au début d’après-midi, quand Cholet quitte son appartement du 10e arrondissement. À 14h30, il entre dans un magasin de bricolage. Il va effectuer un achat dans ce magasin qui est situé près des Champs-Élysées et le fonctionnaire de police se précipite après la sortie de Cholé du magasin.
Il va voir la caissière pour savoir qu’est-ce qu’il a qu’est-ce qu’il a acheté et il apprend qu’il a acheté une petite pelle de jardin à Manche en bois de couleur bleue. Et là pour nous évidemment euh bon euh chacun a le droit d’acheter une pelle de jardin surtout s’il a un jardin. En l’espèce c’était pas le cas de Bronocholé.
Et vu le le contexte, bien évidemment, on ne pense qu’à une chose, c’est le fait de d’utiliser appel de jardin pour enterrer ou déterrer quelque chose. 20 minutes plus tard, Cholet se garde dans le bois de Boulogne. à ce moment-là, il va progresser à pied le long de l’allée de Longchamp en regardant à droite à gauche et en pénétrant dans une petite allée du sous-bois.
Boruno Cholé va avec mou hésitation revenir sur ses pas, progresser dans ce ce sous-bois comme s’il était à la recherche de quelque chose. Et à un moment donné, il disparaît complètement de la vue des collègues et en fait en se replaçant, ils arrivent à entrevoir qu’il est en train de s’afférer au sol. 7 minutes plus tard, un enquêteur verra Bruno Cholet revenir vers sa voiture et déposer une espèce de paquet dans le coffre en ayant soulevé le haillon arrière.
Que fait-il ? Que cache-t-il ? Il y a des choses qu’on avait pas retrouvé sur la victime quand elle avait été découverte. Donc effectivement, ça peut être des éléments d’enquête très importants pour l’upgrade criminelle. Donc là, effectivement, on a la pression qui monte d’un cran. On décide d’embler ventre à terre, de se rendre auprès de des collègues de la BRI.
Il y a une émotion extrêmement profonde et tous les collègues vibrent évidemment à ce moment-là puisque c’est un moment extrêmement intense. Cholet quitte le bois de Boulogne, direction l’ouest parisien. On avait la possibilité encore de le suivre. On allait s’éloigner. On ne savait absolument pas dans quelle direction il allait se rendre.
Mais on a jugé nécessaire vu les circonstances de brosserna son interpellation. On a quand même une victime qui a quand même été abattue de plusieurs coups de feu. Donc on sait que l’individu est armé. Donc là effectivement comme les véhicules la filature était assez étalée, il a fallu regrouper les véhicules pour rapprocher suffisamment de monde au bon moment pour procéder à l’interpellation en toute sécurité.
Mon véhicule est garé donc juste derrière le sien. Donc en fait je progresse le long de sa voiture comme ça donc arme à la main donc depuis l’arrière gauche de la voiture vers la portière conducteur. Et en fait à un moment donné je crois son regard dans le dans le rétroviseur. Un regard qui est très très froid.
Je rappelle siil il avait ses lunettes sur le nez. Il me regarde comme ça mais mais d’un calme mais vraiment mais glaçant. Il a pas branché, il a pas il a pas eu de mouvement de tête droite et de gauche chercher chercher à s’échapper à droite ou à gauche. Il est pas du tout paniqué. Ça m’a donné l’impression qu’il aime même pas monté en impulsation cardiaque.
Il laisse ses mains en évidence. Il bouge pas un sourcil. C’est assez troublant sur le moment parce qu’effectivement soit il était armé, il y avait quelque chose de piégeux pour nous. Jusqu’au dernier moment, on s’est dit que ça pouvait mal se passer parce que le gars était vraiment très très calme comme s’il nous attendait.
On l’informe qu’il est placé en garde à vue, on l’informe de ses droits et lui nous dit rien. Voilà. Enfin, en gros, il oui voilà. Qu’est-ce que vous me voulez ? Mais vraiment, mais extrêmement calme. Ben, on pousse, c’est un grand ouf de choulagement quand on voit qu’avec les éléments qu’on trouve dans le coffre de la voiture, on a des preuves qui sont là maintenant des preuves formelles de son application dans le meurtre de cette malheureuse suédoise.
Et donc, il y a quoi dans ce coffre ? Dans ce coffre, il y a la pelle qui est dont il s’est servi. Il y a un coffret qui contient une arme. L’arme est chambrée. Euh et il y a un chargeur qui est approvisionné. Il manque des cartouches. Ensuite, il y a des gants, il y a des menottes, il y a un sac en plastique et il y a dessus la mention Suzanna 377.
Suzanna le prénom de la victime 377. C’était pour nous une énigme et ça la reste encore un tout petit peu. Et si c’est le nombre de mètres entre la route et l’endroit où il a euh on a cherché euh la brigade criminelle s’est beaucoup creuser la tête et a beaucoup cherché pour trouver une cohérence dans ces chiffres.
Est-ce que c’est en mètre ? Est-ce que c’est en millimètre ? Est-ce que c’est une position par rapport à la route, par rapport à un arbre puisque c’est l’endroit où on a retrouvé dans le bois de Boulogne et on n pas d’interprétation vraiment cohérente et pourquoi à ce moment-là enterrer le repère qui permet de retrouver le sac.
Moi, j’ai été reçu à ce moment-là au 36. Ils ont bien voulu me présenter leur enquête, ce qui est pas toujours le cas aussi facilement. Ils étaient heureux. Il y avait une sorte même d’euphorie de liè au 36 qui est des orfèvres parce que bah tout a marché. La filature, il n’y a pas une plus belle filature qu’une filature d’un criminel qui va déterrer l’arme de son crime.
C’est on peut pas espérer mieux. C’était une des rares affaires où j’avais vraiment l’impression de vivre un film policier, d’être acteur dans un film policier tellement c’était c’était les conditions de l’interpellation et de la découverte de l’arme était extraordinaire. Bonsoir à tous. Voici les titres de l’actualité de ce samedi.
Un homme d’une cinquantaine d’années est toujours en garde à vue à la brigade criminelle de Paris. Il fait pour le moment en figure de suspect numéro 1 dans l’affaire du meurtre de la jeune étudiante suédoise. 19h30 hier, les policiers le ramènent à son domicile parisien le temps de la perquisition.
La police scientifique fouille l’appartement à la recherche d’indice. 4 heures plus tard, les enquêteurs repartent. Les bras chargés. On ne retrouvera jamais en perquisition sa casquette, ni son écharpe blanche et c’est des chaussures qu’on ne retrouvera pas non plus. Évidemment, il a quand même un petit peu préparé sa défense au cas où il il risquait d’être interpellé.
Cholé dès le début dit qu’il ne comprend pas, qu’il n’a rien à voir en tout cas avec les faits dont il lui est donné connaissance. C’est quelqu’un qui a vécu déjà des interpellations, qui a commis des faits importants, graves, qui a été incarcéré et qui n’a rien à perdre. Les hommes du 36 ne lui laissent aucun rép.
On l’a interrogé dans la soirée, dans la nuit, à plusieurs reprises. On lui a gu laissé le temps de se reposer. Bah, c’était le but aussi, c’est de faire pression, d’utiliser tous les artifices et tous les éléments de notre possession, l’ego bien entendu, pour essayer de de lui faire admettre les faits.
Et euh un moment dans la nuit, au niveau de la tension qui règne au moment de l’interrogatoire, de son comportement, de ses réponses, même euh si il est peu locass. On s’est dit à un moment il va basculer, ça y est, il va il va y venir. Mais non, c’est un homme qui évidemment se retranchait dans le silence parce que c’était sa seule arme de défense.
C’est une attitude qui évidemment est très facile que vous restez emmuré dans le silence, vous restez imperturbable donc tout ce qui peut vous être dit ou vous être reproché glisse sur vous complètement et c’est c’est le cas. C’est plus facile que de se lancer dans des explications.
Mais évidemment pour l’enquêteur c’est une frustration importante parce que vous n’aboutissez pas. Même confronté aux nombreux éléments de preuve, même devant la photo de la vidéos surveillance de la banque, Cholet ne flanche pas. il sera jusqu’au bout d’un plus total. Il va répondre à chaque fois oui euh c’est quelqu’un qui me ressemble mais ce n’est pas ce n’est pas moi.
Je ne me reconnais pas. Ce n’est pas moi. Et le bois de Boulogne, qu’est-ce qu’il y faisait ? Lorsque Bruno Chola est coincé, il nit les évidences dans une espèce de pensée magique et bien finalement il indique “Non, non, vous trompez. Je me suis simplement euh arrêté pour uriner. Et d’ailleurs, quand on lui dira “Mais vous aviez des gants latex” euh pourquoi ? Ben il dit simplement ben parce que quand j’ai besoin de m’arrêter pour uriner, bah comme je suis quelqu’un de très propre, j’utilise des gants latex pour uriner.
Et quand on lui oppose qu’il a passé énormément de temps dans ce soubo là, dans un premier temps, il se mure dans le silence puis dans un deuxième temps, il va partir dans la théorie de la machination policière. Cholet est taculé mais il ne se démonte pas. Les éléments de preuve, il les récuse un à un.
Cholé tout de suite dit l’appel, elle n’y était pas hier soir lorsque j’ai été interpellé. Le sac, je ne l’ai jamais vu. Il n’était jamais trouvé dans mon véhicule. Quand je me suis fait arrêter, je n’avais pas d’armes dans la voiture. Vous ne trouverez ni mes empreintes, ni mon ADN sur cette arme parce qu’elle ne m’appartient pas.
Il sous-entend que c’est la police qui a placé ces éléments à l’intérieur de son véhicule pour le faire accuser à tort du meurtre de Suzanna Zeterberg. J’ai l’impression qu’on avait affaire à un rock, à un homme qui paraissait totalement insensible, qui n’a eu absolument à aucun moment de de la compassion à l’égard de la victime, à l’égard de la famille.
Malgré une enquête éclaire et des preuves matérielles irréfutables, vos hommes n’arrivent pas à le faire craquer. Est-ce que c’est décevant ça ? D’abord, la l’objectif n’est pas de faire craquer les gens. L’objectif, c’est de montrer les éléments de preuve et de susciter les réactions. Voilà. Lui ne souhaitait pas s’expliquer sur un certain nombre d’évidence.
Euh ça prouve tout simplement que c’est un vieux cheval de retour comme on dit hein, qui a été condamné, qui a fait euh des années de prison et euh qui pensait euh que là il allait s’en sortir parce qu’il avait pris ses précautions. Ce qui veut dire qu’il avait déjà préparé les choses euh avant d’attendre euh un samedi soir devant la Scala qu’une une jeune blonde sorte.
Ces aveux n’étaient pas nécessaires. Ces aveux étaient nécessaires pour nous et pour sans doute la famille pour essayer de comprendre quels ont été les derniers instants de la victime. Mais on est convaincu que c’était bien lui. Et le fait qu’il nit, c’est plutôt ça lui donne un côté encore plus désagréable. Ça lui permet d’aborder de façon plus défavorable la justice.
Bruno Cholet, le meurtrier présumé de la jeune suédoise, quitte le palais de justice de Paris hier soir. Il vient d’être placé en détention, poursuivi notamment pour enlèvement et séquestration suivie de mort, le tout en récidible égal. Dès l’arrestation euh de Bruno Cholet, euh son image est présentée par les médias comme un peu celle du monstre opposé à à cette jeune fille blonde, pleine de vie, souriante, innocente.
C’est un nom qui est évidemment tout à fait inconnu du grand public et à forceorie de la famille de Suzanna. Et là, ce que l’on découvre les uns et les autres est, je dois dire assez perturbant pour ne pas dire effrayant. Bruno 51 ans, est un dangereux multirécidiviste décrit comme un maniaque sexuel.
Il a été condamné à mreprise pour des faits de violence, des vols et plusieurs viols, mais jamais encore pour meurtre. Ce matin, sa mère avait encore du mal à y croire. Euh je pense que si c’est pas ça hein, mais si vraiment c’était lui, moi je le renis, je peux entendre parler. Si c’est ça, c’est trop fini hein.
Ah s’il a fait un truc comme ça, c’est terminé. Après les policiers, après la presse, c’est autour du juge d’instruction de traiter le cachelet. Elle découvre alors le passé d’un criminel aguéri et notamment cette année 83 où Cholet s’est particulièrement distingué. C’est une histoire qui commence par la fin.
Le 8 décembre 83, la PJ de Versailles interpelle Bruno Cholet. Au départ, Bruno Cholet est arrêté pour une affaire anodine de vol de carburant. Mais les policiers découvrent du sang dans sa voiture et font le rapprochement avec une affaire beaucoup plus grave. Le lien est fait avec donc le viol sur une jeune de 12 ans. C’était la veille de son arrestation.
Cholet a abordé l’adolescente alors qu’elle rentrait de son cours de tennis. Il l’oblige à monter dans son véhicule. Il la menace immédiatement d’une arme en lui disant que si elle crie, si elle se défend, si elle se débat, elle ne reverra plus jamais sa mère. Et il l’emmène dans un bois situé entre sans lce et chantill où il va la violer de toutes les façons que l’on peut imaginer, provoquant une hémorragie massive.
Affolée, Choler accompagne la jeune fille chez elle. Mais quand le père la voit arriver avec un inconnu, il comprend qu’il s’est passé quelque chose de grave. Il les prend en chasse. La course poursuite a duré sur 25 km et on voit vraiment quelqu’un qui est vraiment dans un passage à l’ déterminé. Cholet est freiné dans sa fuite par un accident mais cela ne l’arrête pas.
Il vole un véhicule et il disparaît le père de la fillette perd leur tros. Il va ensuite déposer sa victime devant un hôpital. Alors que les policiers Versaillés confondent Cholet pour ce viol, il rapproche son mode opératoire de deux autres affaires en cours. Immédiatement, l’enquête prend de l’ampleur, hein, puisque deux autres affaires criminelles, un braquage et un viol sur une personne majeure, des deux affaires non élucidées.
Le lien est fait grâce au signalement. Selon les victimes, le braqueur comme le violeur ressemble à la star de l’époque, Michel Sardou. Et le portrait robot correspond très pour très à Bruno Chelet. Il est aussi trahi par une paire de lunettes correctrices qu’il a perdu dans sa fuite. C’est une description avec des lunettes réban et les investigations permettent de voir qu’il s’agit bien des verrs portés par Bruno Cholet.
Et c’est comme ça que ce dernier est confondu. Bruno Chelet avait chargé sa première victime dans sa voiture alors qu’elle faisait de l’autostop. Il arrive dans un bois où alors il exhibe un pistolet, il braque la jeune femme, l’oblige à se déshabiller entièrement et puis là, il la viole, non sans promener le canon de larme sur sa nuque.
Il abandonne la jeune femme dans le bois, entièrement nu en emportant ses vêtements et en prenant la précaution de lui attacher les mains dans le dos avec une écharpe. Arrêté après 10 mois de track, Cholet passe aux aveux. Je reconnais ces infractions. Je regrette tout particulièrement le viol de la mineur de moins de 15 ans.
Pour les deux viols, Cholé n’a pas du tout paniqué. Tout s’est déroulé avec un sang fr inimaginable. À aucun moment, il ne perd ses moyens. Il est toujours sûr de lui. Cholet repart en prison mais il supporte mal cette nouvelle détention. Alors, il écrit à tout le monde tout le temps. Oui.
D’abord, il écrit à ses parents, c’est normal, mais il écrit aussi à son juge d’instruction. Il écrit à son avocat, il écrit au policiers, aux gendarmes. Il écrit même au gardes des sauts de l’époque, Robert Badinter. Et il se plaint. Il ne supporte pas l’enfermement. Il veut qu’on le laisse sortir de prison. Il est victime de la société.
C’est toujours de la faute des autres. Il n’a pas eu de chance depuis le début. pas de travail, pas de considération des autres, rien. Il ne parle que de lui, jamais des raisons qui font qu’il s’est retrouvé en prison et il ne parle jamais de ses victimes et il fait des menaces. Si on ne le laisse pas sortir, et bien il va s’évader.
Il va devenir le nouvel ennemi public numéro 1. Pireine, écrit-il, il va semer la terreur. Il écrit qu’il trouvera de la jouissance à faire le mal, à faire souffrir les autres. Et il dit aussi, et ça c’est à l’attention des policiers et des gendarmes, que si on essaie de l’arrêter, il tirera le premier et qu’il fera couler le sang.
Un an après son interpellation, Cholem met sa menace à exécution. Il tente de se faire la mal lors d’un transfert. Je sors le premier et puis là, hop, il fonce et il me vise à bout portant avec mon pistolet. Et là, je le vois, il appuie. Il s’acharne, je le vois, il fait ça et il appuie.
Il appuie et là quand il se rend compte que ça part pas, il pose il se baisse et il pose le pistolet à ses pieds et il joue les innocents disant “Non, non, non, non, vous êes, il y a rien.” Oui, je crois. Excusez-moi. Rien. Non, non, non, non. Cholet immédiatement ceinturé et reconduit en cellule. C’est un tueur.
Ah oui, c’est un regard de tueur. Ah oui, il a voulu me tuer. Ça c’est Je vois là face à moi encore. J’ai des cauchemars continuels. À l’époque, les psychiatres soulignent la dangerosité de Bruno Cholet. Cette affaire m’a marqué puisque les experts étaient extrêmement pessimistes sur l’avenir de Bruno Cholet, le décrivant comme quelqu’un d’antisocial avec des caractéristiques qu’on retrouve même dans des affaires de teur en série c’estàdire manque d’empathie incapable de se remettre en cause dans la toutepuissance qui n’a aucun remord
finalement. Quand Cholet comparé pour les deux viols, il a 32 ans et rien ne semble l’impressionné. Cholet arrive à induire une électricité, n’est-ce pas, dans l’espace et qui est qui est assez phénoménal. C’est vrai. Le cholet donc était irruptif. Il y avait des fulgurances dans ses réponses et toujours avec la même source de difficulté.
Celui qui ne connaissait pas la procédure effectivement recevait une salve de Cholet. Alors euh un juré qui pose une question stupide, ça peut arriver. Une partie civile qui lit un procès verbal en tronquant la partie la plus intéressante pour Cholet, c’est immédiatement l’incident. On voit que c’est quelqu’un qui n’a aucune empathie quoi.
Il est il est froid, il est même un brun, je trouve un brun moqueur, un brun provocateur, on va dire. l’air de dire me faire ce que vous voulez, me mettre en prison, vous me ferez pas de mal quoi. Il envoyé des lettres de félicitation immédiatement après des interventions à la cor d’assise. Ce qui est rare quand on posait une très bonne question, il faisait un mot en disant “Bravo Madeek, là tu vois ta question hein, c’est quand même 5 étoiles.
” Si une question était moins bonne, il faisait la même lettre en sens inverse. Cholet cope de 18 ans de prison dont 12 de sûreté. Souvent euh enfin pour avoir énormément de dossiés d’assise euh criminel euh il y a quand même des perspectives de pas forcément de réinsertion mais d’espoir que là c’était on avait l’impression que à 30 ans c’était un criminel et surtout cette expertise qui s’est supposé un risque de récidive massif.
Mais les experts psychiatres ont beau prévenir le suivi de Bruno Cholet en prison est inexistant ou presque. On l’a pas traité, on l’a mise à l’écart de la société. Il n’a jamais eu de véritable prise en charge en milieu carcéral. Et la succession de maison d’arrêt, bois d’Arcsie, l’île de Ray et cetera prouve qu’il a été vraisemblablement toujours dans l’opposition et que donc il ne s’est pas véritablement remise en cause.
Les années d’incarcération n’ont eu aucun effet. Il ne tient aucun compte de l’expérience vécue. Il ne tient aucun compte des sanctions qui lui ont été imposées 6 ans 20 ans. Et effectivement, ces actes ne sont inspirés que par son désir de recherche de la satisfaction immédiate. Libéré en 99, Cholet récidif donc en 2008.
Quand vous acceptez la défense de Cholet en 2008, vous savez qu’il s’agit d’un multirécidiviste, un prédateur. Comment se passe votre première rencontre ? Elle est assez étrange parce qu’il m’a écrit une lettre dans laquelle il dit “Je suis innocent, j’ai besoin de quelqu’un pour me défendre.” Et j’ai par ailleurs la vision de ce dossier par les médias avec un portrait d’un homme terrifiant et puis de cette jeune femme avec ce visage incroyablement beau.
C’est dans ces circonstances que j’arrive à fleurer mes regises et que je vois Bruno Cholet arriver avec ses deux gros sacs rempli de ses dossiers, couvert de postites, d’annotation et me montre chacune des pièces et et je me dis que que quelqu’un comme comme lui qui sort tous ces éléments et bien mérite d’être défendu.
Comment se comporte-t-il pendant vos échanges ? il a soif de me convaincre et il est plutôt agréable et plutôt méticuleux dans ce qu’il dit. Il me parle de de ce qu’il aurait aimé vivre, de la vie qu’il aurait rêvé d’avoir. Donc on s’échappe à ce moment-là de son dossier de de Fleurry Mogis en me racontes de sa vie qu’il aurait aimé poursuivre.
il me dit il a passé 6 mois au Canada et j’ai l’impression que ces 6 mois passés au Canada sont peut-être parmi les les moments les plus heureux de sa vie. Moi, je suis canadienne et c’est vrai que ça, je pense que ça a renforcé ce lien de confiance qu’on a créé au fur et à mesure de nos échanges.
Et et puis il me parle d’autres moments de bonheur lorsqu’il écrit, parce qu’il écrit nos conversations, ce sont ces moments-là où on s’évade, on parle d’autre chose. Ça correspond pas à l’image qu’on se fait d’un monstre. Ah, pas du tout, pas du tout. Mais d’ailleurs, j’aime pas du tout cette terminologie de monstre.
Je pense qu’il n’y a pas de monstre. Il y a des hommes qui commettent des actes monstrueux. Et justement, le voyant, ben ça s’est vérifié. C’était un homme euh avec toute cette part d’humanité qui était pas du tout décrite. Et c’est voilà, c’est cet homme-là que je vois. Un cholet calme et conciliant avec son avocate mais terriblement inquiétant pour ses passagères.
Après son arrestation, les policiers recueillent des témoignages qui prouvent qu’en 2008, l’homme était à nouveau en chasse. Des jeunes femmes qui ont reconnu Cholet parce que sa photo a été diffusée dans la presse et qui vont se présenter au service de police pour témoigner. Et ce qu’elle raconte est effectivement terrifiant.
Ça donne une idée de ce que Suzanna a vécu à l’intérieur de ce faux taxi. Alors, elles sont montées ces jeunes femmes dans la voiture de Cholet. Elles ont toutes réussi à s’enfuir. Elles raconte toutes un Cholet agressif, haineux avec les policiers. L’une d’entre elles a eu tellement peur et a vu sa mort. Elle s’est arraché des boules de cheveux qu’elle a caché sous la banquette arrière de la voiture de Chelet en se disant “S’il m’arrive quelque chose au moins on saura que je suis monté dans cette voiture.
” Il y en a une autre qui va descendre de la voiture en marche. Est-ce que vous imaginez ça ? Elle a tellement peur qu’elle ouvre la portière et qu’elle se jette en dehors de cette voiture. Et les hommes du 36 comprennent qu’en arrêtant Cholet le 25 avril 2008, ils ont peut-être sauvé la vie d’une autre femme. Le soir du jour où Bruno Cholet euh va déterrer son arme, il a rendez-vous avec une jeune prostituée qui correspond en tout point à son idéal féminin qui ressemble énormément à Susanna Zerterberg, à savoir qu’elle est
jeune, blonde et mince. Il a déjà eu un rapport tarifé avec elle et il a repris rendez-vous pour le soir du jour où il déterre l’arme. Avant de retrouver cette femme, Cholet avait donc sur lui des gants en latex, des menottes et son arme équipée du silencieux. Il y avait peut-être une victime potentielle. Les policiers replongent aussi dans le passé de Bruno Cholet.
Apparemment, entre novembre 99 et avril 2008, il n’a commis aucun délit sexuel. Mais est-ce vraiment le cas ? compte tenu de la personnalité de Cholé et compte tenu de ses passages à l’acte, dans les dossiers précédents, les enquêteurs se sont posés pas mal de questions sur les affaires non résolu et on a su euh par la police que clairement son ADN avait été comparé à un certain nombre de colais d’affaires non résolues.
Au moins neuf dossiers, notamment celui d’Estel Mousin et d’Elodicul, vont être rapprochés de celui de Bruno Cholet. Sur quels éléments ? Les éléments euh qui ont fait qu’ils se sont intéressés à Bruno Chelet dans ces diverses affaires, c’était parce que il s’agissait de jeunes femmes, souvent avec le même profil physique, qui avaient pris un taxi ou un faux taxi ou une voiture qui faisait du stop et qui se sont retrouvés au coin d’une allée ou au bord d’une forêt soit soit assassiné, dont le corps
aurait été brûlé, soit violé, mais toujours avec ce même modus opérandi. Et qu’est-ce que ça donne ? Rien. rien du tout. Il est mis de cause dans toutes ces procédures. Mais vu son profil, c’est peut-être normal qu’on s’intéresse à lui. Je pense que surtout il faut faire une enquête fouillée.
Il faut il faut ne pas s’arrêter à un passé et un maudit en pérandi d’autant qu’il est mis en cause. Il est pas du tout condamné. Il n’est pas condamné et il clame son innocence. Avec vous aussi, il prétend dur comme faire qu’il n’a pas tué Suzanna Zeterberg. Bien sûr, il clamera toujours son innocence.
Il me dira toujours qu’il est innocent. Durant toute l’instruction, Cholet répète qu’il est innocent, qu’il n’a pas assassiner Suzanna Zterberg. Mais les expertises scientifiques de l’arme retrouvé dans le coffre de son monospace, la Cable. Expertise balistique est formelle. Les projectiles, les étuis qui ont été tirés l’ont bien été par l’arme retrouvée dans le coffre de Cholé.
Les expertises génétiques sont tout aussi catégoriques. Il y avait l’ADN donc le sang de Sana Zeterberg retrouvé sur la crosse de l’arme et sur la mousse de la mallette qui héberge l’arme. On mélange avec l’ADN de Bruno Cholet. Mais ce même ADN en mélange dans des quantités moindres vont même se retrouver sur plusieurs pièces de l’arbre.
sur la culasse, sur la sûreté, sur la détente. Les Thiqu ont même retrouver du sang dans sa chambre d’hôtel. On pense qu’il a dû nettoyer l’arme avec des gants et souiller lui-même les différentes parties de l’arme qu’il nettoyait dans le lavabo. Et donc à ce moment-là, l’ADN a dû se transporter sur les différentes pièces de l’arbre.
L’ADN est appelée la reine d’épreuve, mais là l’arme dans le coffre de la voiture au moment de l’interpellation supportant l’ADN et de l’auteur et de la victime, c’est on fait rarement mieux en réalité dans une procédure. Et pourtant, face à tout ça, Bruno Cholet va persister à contester toute responsabilité dans les faits, expliquant qu’en réalité, ce sont les policiers qui ont placé dans le coffre de son véhicule l’arme et que ce sont eux qui ont ensuite placé sur cette arme dont on se demande bien comment ils auraient pu la trouver, l’arme du crime,
euh que ce sont eux ensuite qui ont placé son ADN et l’ADN de Suzanna en mélange. pour le faire accuser. J’accuse la police d’avoir mis en scène ce dossier parce que dira-t-il par la suite, j’ai refusé de servir d’indicateur aux policiers dans des affaires de trafic de stupéfiant. Il s’agissait donc d’une vengeance des services de police pour le faire accuser à tort.
C’est une explication qui est totalement grottesque. Échelet persiste et signe à chacun de ses rendez-vous avec le juge de la détention et de la liberté. Tout ça, c’est un complot policier. Il faut savoir que habituellement ça se déroule sur une durée d’environ un quart d’heure. Pour Bruno Cholet, c’était très différent.
Ça a été trois qu4 d’heure à chaque fois. Et j’ai vu un Bruno Cholet très sûr de lui, très très à l’aise dans le débat et quasiment dans une posture de jouissance du fait de se trouver en possibilité de parler d’égal à égal avec un magistrat et de pouvoir être entendu lorsqu’il déroulait bien entendu sa théorie du complot, le fait qu’il était le victime d’une erreur judiciaire.
Et là vraiment, j’ai vu un Bruno Cholet euh euh dans un état de jouissance quasiment proche de la jouissance sexuelle, ce qui était pour moi euh très surprenant. Est-ce que ça correspond au portrait qu’on dressé de lui les experts psychiatres ? Oui, complètement. Ça corrobor ce qu’ils disent.
Cholet est un être égocentrique, narcissique, toujours dans la maîtrise. C’est un être dominateur qui est indifférent à la souffrance des autres, celle de ses victimes, dépourvu de tout sens moral et de toute empathie. En conclusion, disent les experts, c’est un homme qui présente une véritable perversion morale, sexuelle et sociale. Et je vous le résume en un mot, c’est un homme dangereux.
Lorsque l’on explique ça à la famille de Suzanna, ils ont assez tôt compris qu’il ne parlerait pas. Ils ont espéré longtemps pendant l’instruction que qu’il allait peut-être livrer des débuts d’explication quelque chose et en réalité ils ont assez tôt compris que qu’il ne fallait pas attendre grand-chose de lui.
Ce que j’attends, c’est que l’assassin de Sana aille en prison et qu’il n’en ressorte plus. Quand on me demande si je ressens de la haine, je réponds que je n’en ai plus. Je l’ai mise de côté. C’est ce que Sana aurait voulu, que je ne ressente pas de haine. Tandis que la famille attend le procès dans le recueillement, la défense cherche ce qui pourrait sauver un homme que tout à câble à commencer par son déni.
La thèse du complot policier, c’est quand même difficile à tenir comme défense. Moi, je n’ai jamais défendu le complot policier. Je n’ai pas plaidé une seule fois le complot policier. Mais il y a des zones d’ombre dans son dossier. Bien sûr qu’il y a des zones d’ombre. Les caméras filment une Citroëne blanche devant la Scala.
Personne ne s’intéresse à cette Citroëne blanche. Des témoins disent d’ailleurs qu’il y avait un lumineux mais personne ne s’intéresse. Hop, on balaye. On balaye parce qu’il y a Cholet. Ensuite, qu’est-ce qu’on balaye d’autre ? On balaye les faux taxis. les faux taxis, il y a une liste de faux taxis donnée par les Boers et puis parmi cette liste, il y a trois personnes qui ont un casier judiciaire.
Il tire Bruno Cholet et là il s’intéresse à lui et tout le reste est balayé. Et puis aussi euh le fait qu’on a des traces de pneus qui ont été moulés sur le lieu du crime et qui ne vont pas être comparés aux pneus de Bruno Cholet. Il y a d’autres nombres, la manière dont on l’a filé, dont on l’a vu ou pas vu faire certaines choses.
Mais enfin, on trouve quand même l’arme du crime dans son coffre. Alors voilà. Alors pour l’arme du crime, Bruno Chelet est arrêté le 25 avril. On a un PV qui indique que les policiers font le tour de la voiture. Ils ouvrent les portes, ils ouvrent le coffre et ils énumèrent ce qu’ils voi dans la voiture. Mais il ne voit aucun sac pourtant assez assez grand. On le saura plus tard.
Il voit aucun sac, rien du tout. Le lendemain, le 26 avril, il refont le tour de la voiture et là il voit ce gros sac plastique. Donc qu’est-ce que vous sous-entendez ? Je ne sous-entends rien. Je sous-entends tout simplement que le 25 avril, on ne voit pas de sac plastique et que le 26, on en voit. Vous pensez que la police aurait intentionnellement mis l’arme dans la voiture de de Chelet ? Non, moi je parle pas du tout de la police.
Je ne sais pas qui aurait pu euh mettre cette arme. Je n’en sais rien. Mais quand je demande au magistrats, je leur explique, ils ne veulent même pas euh enquêter parce que c’est trop évident. Mais c’est une zone d’ombre. Ce face- à face, les parents de Sana l’attendent depuis 4 ans, 4 mois et 15 jours. Mais l’accusé Bruno Cholet a eu un malaise au bout d’une heure d’audience.
Il a été hospitalisé pour des examens de contrôle. Le procès suspendu jusqu’à demain matin. Bruno Cholet est une personne totalement imprévisible et ingérable. On a fait l’impossible pour essayer de le cadrer, mais euh ça a été un travail dont on a vu l’absence de résultat lors de lors de l’audience puisqu’il est parti un peu dans tous les dans tous les sens.
3 jours après cet incident, rebelotte. Le procès démar mais l’accusée n’arrive pas dans le box. Donc murmure, rumeur, attente. On essaie de comprendre ce qui se passe et puis on finit par entendre la présidente qui dit nu, il est nu. Cholet ne veut pas s’habiller pour protester contre les conditions de sa détention lors de ce procès.
Il faut savoir qu’à ce moment-là, les audiences terminaient extrêmement tard le soir et que donc Bruno Cholet regagnait sa prison le soir sans manger, sans se laver. Donc en fait, il est quand même légitime à protester là-dedans. Mais en même temps, ce qui est fou avec lui, c’est qu’il le fait sous une forme qui qui le rend inaudible, qui plaide complètement contre son camp.
Cette arrogance était euh d’une certaine façon euh un rôle qu’il qu’il jouait lui-même et c’est surtout à mon avis un homme qui a un énorme besoin de reconnaissance depuis sa petite enfance. Je crois que c’est ça qui a qui lui a esquinté toute sa vie. Hier, il était malade mais aujourd’hui Bruno Cholet semblait en pleine forme.
Trop peut-être pour la mère de Suzanna Zorbert. Questionné sur sa personnalité, le meurtrier présumé de sa fille s’est comparé, je cite, à un sac de patate placé dès la naissance. Un parcours décorché, difficile à entendre pour la famille de la victime. Il est né coupable parce que incontestablement il n’était pas désiré.
Son père ne l’a jamais reconnu. Il est parti avant sa naissance. La mère a toujours souffert de la présence de cet de cet enfant de telle sorte que dès le départ, il avait la culpabilité d’être un enfant dérangeant. Dès l’âge de 6 mois, Bruno Cholet est placé en poupenière. Il alterne ensuite les séjours chez sa mère et les placements en foyer.
Il est renvoyé de l’école maternelle et ça c’est rarissime. Pour que des pédagogues prennent la décision de renvoyer un enfant d’une structure qui est quand même normalement très contenante, très affectueuse. Et bien là, il s’est montré extrêmement réactif et extrêmement opposant si bien qu’il a été renvoyé de la casse maternelle.
À 7 ans, il fugue. Il quitte Paris pour Nice en train seul. C’est quand même un témoignage de ce que pouvait être cet enfant et cette enfance parce qu’un enfant de 7 ans qui a suffisamment de colère, de rage en lui et de perdre de repère un petit peu pour partir et travers réussir à traverser toute la France comme ça, il y en a pas beaucoup et il faut quand même qu’il ait vécu des choses très particulières.
L’enfance de Bruno Cholet est dramatique. Quand on voit son parcours d’enfance, on se rend compte queil a été sans arrêt enfermé de milieu pour enfants, hein, de d’hôpitaux, de centre pour enfants. On le plaçait dans des familles d’accueil et puis hop, on le retirait et on le place dans une famille d’accueil où ça se passe bien pour une fois.
C’est une nourrice qui est euh qui a peut-être qu’il a peut-être même aimé. peut-être la seule la seule personne qui a pu l’aimer et qui dit c’est ce ne sont pas des médicaments qu’il lui faut à ce à ce ce petit garçon. C’est de l’amour, c’est de l’affection. Il est resté chez cette maison malheureusement mais c’est ça qui est terrible parce que sa mère décide que c’est le moment de le reprendre mais il ne connaît pas sa mère, il la voit très peu.
Quand elle passe, elle passe très vite. Elle le reprend et et c’est fichux. Il est à nouveau malmené, pas aimé et il est replacé à nouveau. Sauf que pas chez la même nourrice parce que ça ne se passe pas comme ça. On le place ailleurs. Et il va connaître ce qu’il y a de pire, c’estàdire les maisons de correction dans les années 70.
Oui, oui, il connaît ça. Euh c’est euh un enfant passage, on lui donne des médicaments, on l’administre des coopt ou ou en tout cas on le malmène, on le casse, on l’enferme. À l’audience, Bruno Cholet confie encore un événement traumatisant de son adolescence. Oui, au début de son adolescence, il a 13 ans et demi.
C’est le 14 juillet, il s’en souvient parfaitement. Il est agressé par deux hommes et il est attaché, il est violé, c’est-à-dire sodomisé par l’un d’entre eux qui va euh s’adresser à lui sur le plan verbal en disant notamment “Alors, elle est pas jolie cette petite [ __ ] ? Voilà comment il est traité à 13 ans et demi par ses agresseurs.
Les conditions de son viol rappellent évidemment son propre mode opératoire. Lorsque les auteurs reproduisent les événements dont ils ont été les victimes et les reproduisent de façon identique, c’est une manière pour eux de maîtriser l’agression. Ça permet un petit peu de la métaboliser sans doute et surtout de la mettre à distance parce que c’est moi qui décide et ce n’est pas moi qui suis l’objet de ces vises.
L’évocation de l’enfance de Bruno Cholet évidemment fait une sorte de choc quand même sur la cour d’assise parce que même si euh il s’agit pas d’excuser et c’est inexcusable les faits sont atroces tout d’un coup on se dit “Mais en fait ce monstre on l’a fabriqué en lui a fracassé son enfance, on l’a massacré.
” Bruno Chaolet est un enfant né répudié de la vie. La défense cite la seule personne qui accepte de parler de Cholet, son visiteur de prison. J’ai simplement dit au procès que Bruno Cholet est aussi quelqu’un avec qui on peut rire, avec qui on peut jouer à un jeu, qu’on peut échanger des discussions sur un disque et cetera, que c’était un homme aussi comme tout le monde.
Après avoir étudié la personnalité de Cholet, la cour d’assise plonge dans l’horreur de l’assassinat de Suzanna. La détresse de la mère de Susanna. Elle n’aura tenu qu’une heure insupportable à entendre les détails les plus sordides de la mort de sa fille. Poignardé à la poitrine, visé en pleine tête à bout portant avec un revolver, aspergé avec 3 L d’essence et brûlé.
Cholet, indifférent écoute les parents et le frère de Suzanna exprimer leur tristesse. Lorsque sa mère a témoigné à la barre, elle a raconté son parcours depuis la mort de sa fille. Elle a dit “Je ne dormais plus du tout. Euh donc les médecins m’ont donné des somnifères.” Elle a dit “J’ai arrêté assez rapidement de prendre les somnifères parce que je ne rêvais plus.
” Et dans mes rêves, je vois ma fille et je veux continuer à voir ma fille. Donc je veux pouvoir rêver. C’est vrai que quand elle nous a dit ça, on était sans voix. La présidente va va l’interroger, lui demander s’il a une réaction à à porter à à ces témoignages et il va dire oui. Alors, on s’attend tous à ce qu’il est peut-être tout à coup une une prise de conscience et en réalité pas du tout.
Il va dire “Oui, ça remue quelque chose en moi, ça me fait penser à ma propre sœur et je suis triste qu’elle ne soit pas venue.” Donc en fait, tout est toujours ramené à lui. Dans son réquisitoire, l’avocat général Hilmand reprend les traumatismes de Cholet pour éclairer son passage à l’acte. Le 17 avril, c’est-à-dire 2 jours avant la mort de Susanna, sa compagne lui annonce qu’elle va le quitter.
et elle en a assez de vivre avec lui. Et Cholé va alors retrouver cette situation d’abandon qui lui pèse tant qui, à mon sens, réactive sa haine à l’égard de la société, sa grandcœur à l’égard de ses parents, sa haine à l’égard des femmes. Et cette haine va déboucher sur une volonté d’anéantissement, de destruction. qui le conduira à tuer Suzanna Zeterberg.
Face à des preuves accablantes comme son ADN sur l’arme du crime, Bruno Cholet n’a cessé de clamer son innocence. Il provoque un malaise général avec cette formule. Je ne l’ai pas tué. Je n’ai jamais eu Suzanna entre les mains. S’il vous Il devra expliquer au père de Suzanna, il devra expliquer à la mère de Suzanna comment il s’y est pris pour la tuer.
Dire qu’elles ont été ces derniers moments si elle a souffert, si elle s’est défendu, si elle a pleuré, si elle a supplié. Et tout cela on comprend face aux parents de la victime que c’est très difficile à dire. Vous plaidez ? Vous vous attendez à quoi quand la cour se retire ? Je ne me fais aucune illusion sur le verdict.
Je sais de quelle manière ils vont se se prononcer. Je sais que il y aura une culpabilité. Ensuite, sur la peine, je j’essaie de ne pas y penser. Quel est le verdict ? Ma perpétuité. Période de période de sûreté maximum 22 ans. Il ne sortira jamais. Jamais. C’est c’est assez assez c’est violent de vivre de vivre ça.
Et j’entends son souffle coupé, je ne l’entends plus. Je me suis retournée et il était effondré. Il fait appel, on en parle et il fait appel. Et ce deuxième verdict ? Perpétuité, période de sûreté maximum 22 ans. Prison jusqu’à la fin de ses jours compte tenu de son âge, isolement total, un peu comme finalement comme toute sa vie. C’est très important pour nous et aussi une justice pour Je suis très contente de ce verdict.
C’est rendre justice à ma fille, c’est vraiment important pour moi. Ils ne veulent pas nourrir de haine M contre cet homme parce que ce serait, comme il l’explique très bien et assez dignement, je dois dire, ce serait lui permettre de rentrer un peu plus encore en eux et chez eux. Et ça, ils ne le veulent pas.
Les parents de Suzanna ne veulent pas non plus que leur drame se reproduise. Alors, ils ont créé la fondation Suzanna Zeterberg qui perpétue la mémoire de leur fille et vient en aide aux enfants isolés, défavorisés de la région parisienne. Cette fondation, c’est une distraction de la haine. Ce n’est pas parce que nous sommes particulièrement pieux ou charitables, mais il s’agit pour nous d’une stratégie pour survivre.
Un livre publié en français et en suédois réunit des poèmes et des proses écrites par Sana. Par exemple, ce texte intitulé Mon testament, 11 pages rédigées alors qu’elle avait 16 ans. Ça serait au Dieu si j’étais privé de cette merveilleuse chance qui est la vie. Ne soyez-vous à l’heure pas stupide au point de la cacher ? Bien au connaître. Vivez, promettez-le moi.
Si je venais à mourir demain, souvenez-vous de moi. Souvenez-vous simplement de moi.
Je suis allée directement à la table à manger, j’ai posé le rebozo au centre et je me suis assise dans l’obscurité. Dehors, Coyoacán vibrait encore de l’énergie propre aux vieux quartiers : un chien aboyait deux rues plus loin, un vendeur de tamales appelait doucement, une moto passait trop vite sur le trottoir défoncé. Mais dans mon appartement, tout était devenu silencieux. Un silence pesant. Ce silence qui suit une humiliation si profonde que même les larmes peinent à couler.
J’ai déplié le rebozo lentement.

La soie et le coton captaient la faible lumière orangée du lampadaire devant ma fenêtre. De minuscules fleurs ornaient les bords, chacune nouée à la main. Le motif « flor de agua » se déployait à travers le tissu comme une rivière cachée. Sept mois de soirées s’y sont déroulés. Sept mois de prières. Sept mois à imaginer ma petite-fille enveloppée dans un ouvrage confectionné par des femmes qui avaient survécu à la faim, au veuvage, aux tremblements de terre, à l’accouchement et au deuil, un fil entre leurs doigts.
Et Marisol l’avait jeté comme une serviette sale.
J’ai effleuré le coin où le vieux motif de ma grand-mère s’achevait par un petit nœud secret. Ma mère disait que chaque vraie tisseuse laisse une trace, un nom que seule une autre femme du métier à tisser peut déchiffrer. Pas des lettres. Pas une signature. Un rythme. Une erreur volontaire. Un nœud à l’envers. Une fleur à laquelle il manque un pétale.
Mes mains ont retrouvé ce petit pétale manquant.
J’ai fini par pleurer.
Pas bruyantes. Pas théâtrales. Juste des larmes de vieille femme, celles qui coulent lentement parce que le corps a appris que toutes les douleurs ne méritent pas d’être montrées au public.
À 21h17 ce soir-là, mon téléphone a sonné.
Daniel.
J’ai regardé l’écran jusqu’à ce qu’il s’arrête.
Puis ça a sonné à nouveau.
Cette fois, j’ai répondu.
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« Maman », dit-il, et sa voix portait déjà l’irritation lasse d’un homme qui réclamait le pardon avant d’avoir à rendre des comptes. « Tu es partie très contrariée. »
J’ai ri une fois. Discrètement.
« Bouleversée ? » ai-je répété.
Il soupira. « Marisol vient d’accoucher. Elle est très émotive. Tu la connais. »
Et voilà.
C’est la même phrase que les hommes utilisent lorsqu’ils veulent que la cruauté d’une femme soit dissimulée sous la patience d’une autre.
Vous savez comment elle est.
J’ai regardé le rebozo posé sur la table. « Et toi ? Comment vas-tu, Daniel ? »
“Que veux-tu dire?”
« Je veux dire, votre femme a jeté sept mois de mon travail à la poubelle, a qualifié mon cadeau de truc du marché, a insulté mes mains, ma mère, ma grand-mère et l’enfant que j’ai élevé dans le respect. Et vous, vous êtes resté là, impassible. »
Silence.
Puis, d’une voix plus douce, il a dit : « Je ne voulais pas faire de scandale. »
« Non », ai-je dit. « Laisse-la en faire une seule. »
« Maman, s’il te plaît, ne commence pas. »
« Je ne commence rien. Je termine quelque chose. »
Sa respiration changea. « Qu’est-ce que ça veut dire ? »
« Cela signifie que je n’irai pas là où l’on me traite avec honte. Cela signifie que je n’apporterai pas d’amour dans un lieu qui le méprise. Cela signifie que si vous voulez que je connaisse ma petite-fille, vous vous souviendrez d’abord de qui vous a appris à tenir une cuillère, à lacer vos chaussures, à lire votre premier livre et à surmonter la maladie de votre père. »
Il n’a rien dit.
Ça a fait plus mal que je ne l’avais imaginé.
Car Daniel n’avait pas toujours été faible. Il avait été un adorable petit garçon qui pleurait quand je travaillais tard, qui me gardait la moitié de ses bonbons, qui dormait au chevet de Julián à l’hôpital, une petite voiture à la main. Je l’avais élevé malgré les dettes, le veuvage, les fièvres, les frais de scolarité et cette fatigue que personne ne photographie. J’avais vendu des tamales, raccommodé des uniformes, fait le ménage, cousu des robes pour des femmes qui me regardaient sans me prêter attention pendant que je mesurais leur tour de taille. J’avais fait tout cela pour que Daniel puisse se tenir plus droit que je ne l’avais été.
Et d’une manière ou d’une autre, il était devenu un homme capable de voir sa mère humiliée et de qualifier ses sentiments d’incommodants.
« Maman, » dit-il finalement, « Marisol ne savait pas que cela avait autant d’importance. »
« C’était important parce que j’y suis arrivé. »
« C’est juste qu’elle veut que le bébé ait de belles choses. »
J’ai fermé les yeux.
De belles choses.
Comme si l’amour fait main ne pouvait être beau que si un magasin y ajoutait une étiquette.
« Bonne nuit, Daniel », dis-je.
“Maman-”
J’ai raccroché.
Le lendemain matin, quelqu’un a frappé à ma porte à huit heures.
J’ai ouvert la porte, m’attendant à ce que ma voisine, peut-être Doña Inés, me demande si j’avais de la coriandre en plus. Au lieu de cela, la jeune infirmière de l’hôpital se tenait dans le couloir, encore en blouse, les cheveux tirés en arrière, l’air nerveux.
« Señora Elena ? » elle a demandé.
“Oui.”
« Je m’appelle Ana. Je viens de l’hôpital. Je suis désolée de venir sans prévenir. J’ai trouvé votre adresse sur le formulaire de visite. Je sais que je n’aurais pas dû, mais… » Elle parut gênée, puis déterminée. « Je n’arrivais pas à dormir. »
Je la fixai du regard.
Elle leva rapidement les deux mains. « Je ne suis pas là pour vous déranger. Je voulais juste vous poser une question concernant le rebozo. »
Mon cœur s’est serré. « Et alors ? »
Son regard s’est déplacé au-delà de moi vers la table à manger où se trouvait encore le rebozo.
« Puis-je le revoir ? »
J’aurais dû dire non. Une inconnue à ma porte, demandant à voir l’objet que ma famille venait de refuser. Mais il n’y avait aucune avidité sur son visage. Seulement de l’émerveillement. Celui que je me souvenais de ma grand-mère face à un bel ouvrage.
J’ai ouvert la porte plus grand.
Ana entra prudemment, comme si elle pénétrait dans une chapelle.
Elle se tenait debout à la table et ne touchait pas au rebozo.
C’est la première raison pour laquelle je lui ai fait confiance.
« Qui vous a appris ce modèle ? » demanda-t-elle.
« Ma mère », dis-je. « Et sa mère avant elle. »
Ana déglutit. « Connaissez-vous le nom de Teodora Velasco ? »
J’ai eu les mains froides.
Teodora Velasco était ma grand-mère.
Je ne la connaissais pas. Son nom ne figurait pas dans les livres. C’était la femme qui sentait le bois fumé et l’écorce d’orange, celle qui m’a appris à humidifier le fil avec mon souffle, celle qui disait qu’une ligne tordue pouvait porter la vérité si les mains étaient honnêtes. Elle est morte quand j’avais quinze ans, les doigts enflés et un sourire qui faisait qu’on lui pardonnait son entêtement.
« C’était ma grand-mère », ai-je dit.
Ana s’est assise sans demander la permission, puis s’est immédiatement relevée. « Je suis désolée. »
« C’est bon », ai-je dit. « Assieds-toi. »
Elle s’assit prudemment.
« Ma grand-mère était aussi originaire d’Oaxaca », dit Ana. « Elle a étudié le textile. Quand j’étais petite, elle me montrait des photos de rebozos. Elle disait qu’un motif avait disparu : Flor de agua de San Jacinto. Seuls quelques exemplaires ont été fabriqués. Le dernier exemplaire authentifié a été vendu aux enchères il y a des années à un collectionneur privé new-yorkais. »
J’ai froncé les sourcils. « Ma grand-mère l’appelait flor de agua parce qu’elle disait que les fleurs avaient l’air de flotter. »
Ana hocha rapidement la tête. « Oui. Mais il ne s’agit pas seulement du motif. Il y a un nœud dans un coin. Il manque un pétale. »
Sa voix tremblait.
« C’est la marque de Teodora. »
Pendant un instant, j’ai entendu ma grand-mère rire dans la cuisine d’une maison qui n’existait plus.
Chaque véritable tisseuse laisse une trace de son nom, que seule une autre femme du métier à tisser peut lire.
Ana a poursuivi : « Madame, je pense que ce que vous avez réalisé n’est pas seulement beau. Cela pourrait avoir une importance historique. Il existe des musées et des collectionneurs qui recherchent une continuation vivante de cette technique. »
J’ai regardé le rebozo.
Pendant soixante-et-onze ans, j’avais considéré mes mains comme utiles. Rien d’exceptionnel. Utiles, tout simplement. Des mains qui cuisinaient, lavaient, raccommodaient, nettoyaient, priaient, prenaient soin des autres. Des mains qui travaillaient parce que la vie l’exigeait. Personne n’avait jamais qualifié leur travail d’historiquement important.
« Pourquoi me dites-vous cela ? » ai-je demandé.
Ana semblait honteuse. « Parce que quand votre belle-fille l’a jeté, j’ai failli dire quelque chose. J’aurais dû. Je ne l’ai pas fait. Je suis restée là, comme tout le monde. Je suis désolée. »
Les excuses ont été présentées en douceur.
Non pas parce que cela a résolu quoi que ce soit.
Parce que ce n’était pas elle qui le devait le plus.
Ana ouvrit son sac et en sortit une carte de visite. « Ma tante est conservatrice de textiles. C’est le docteur Sofía Nájera. Elle travaille au Musée national d’art populaire et donne des consultations à des collections privées. Je lui ai envoyé un message hier soir, pas de photo », ajouta-t-elle rapidement. « Je n’en ai pas pris. J’ai seulement décrit ce que j’ai vu. Elle a demandé si vous l’autoriseriez à venir. »
J’ai effleuré le bord du rebozo.
« Que voudrait-elle ? »
« Pour l’authentifier. Documenter la technique. Peut-être contribuer à la préservation du modèle. » Ana hésita. « Et si vous étiez ouverte à cette idée, il y aurait peut-être des acheteurs. Des acheteurs sérieux. »
J’ai failli sourire. « Ma grand-mère a dit que ça avait sa place au marché. »
Le regard d’Ana se durcit. « C’est sur les marchés que survit la moitié de la dignité de ce pays. Ce n’était pas une insulte au rebozo. C’était une insulte à sa propre ignorance. »
J’aimais bien cette fille.
Le Dr Sofía Nájera est venue cet après-midi.
Elle avait la soixantaine, élégante sans être froide, les cheveux argentés, un pantalon de lin et un carnet en cuir qui semblait plus vieux que certains mariages. Elle avait apporté des gants blancs en coton, mais demanda la permission avant de les mettre. C’était la deuxième raison pour laquelle je lui faisais confiance.
Elle resta longtemps sans parler après avoir vu le rebozo.
Elle se pencha dessus, sans le toucher d’abord. Elle étudia les bordures, les fleurs, la tension du tissage, les changements de couleur si subtils qu’ils ressemblaient à la lumière se déplaçant dans l’eau. Puis elle enfila ses gants et souleva un coin.
Lorsqu’elle aperçut le pétale manquant, elle ferma les yeux.
« Teodora », murmura-t-elle.
Je suis resté parfaitement immobile.
Le docteur Nájera m’a regardée. « Madame Elena, comprenez-vous ce que vous avez fait ? »
« J’ai fait un cadeau pour ma petite-fille. »
« Oui », dit-elle doucement. « Et en le créant, vous avez peut-être fait renaître un langage textile que beaucoup d’entre nous croyaient disparu. »
Je me suis assise parce que j’avais soudain l’impression d’avoir de vieilles jambes.
Elle m’a posé des questions sur les fils. Je lui ai parlé de la boîte en bois qui appartenait à ma mère. Elle a voulu la voir. Je l’ai sortie de mon armoire, la même boîte que j’avais trimballée à travers trois appartements, deux tremblements de terre, la maladie de mon mari et le veuvage.
Le docteur Nájera l’ouvrit avec précaution.
À l’intérieur se trouvaient des restes de fils de soie et de coton, enveloppés dans du papier, ainsi qu’un vieux paquet de tissu que je n’avais pas ouvert depuis des années. Ma mère m’avait dit de le conserver précieusement. Je pensais qu’il contenait des prières, peut-être de vieilles recettes, peut-être rien d’autre que des souvenirs. Le docteur Nájera le déplia lentement.
À l’intérieur se trouvait une petite enveloppe en cuir.
Mon nom y était écrit de la main de ma mère.
Elena.
Ma gorge s’est serrée.
Je l’ai ouvert avec les doigts tremblants.
Il y avait trois choses à l’intérieur : une photographie en noir et blanc de ma grand-mère Teodora debout à côté d’un métier à tisser, une note manuscrite et un document légal plié, tamponné à Oaxaca plus de quarante ans auparavant.
Le mot venait de ma mère.
Mijita, si jamais tes mains font renaître la fleur d’eau, elle t’appartient. Ta grand-mère a refusé de vendre le motif à des hommes qui le convoitaient. Elle disait qu’une fleur née de la faim et de l’espoir des femmes ne devait pas devenir le rideau d’un riche. J’ai déposé le dessin familial après sa mort, non par appât du gain, mais par nécessité. Si le monde lui reconnaît un jour sa valeur, qu’il reconnaisse aussi celle des femmes.
Je n’ai pas pu lire la suite car j’avais les yeux embués.
Le docteur Nájera a pris le document légal avec précaution après que j’aie acquiescé.
Son visage se transforma au fur et à mesure qu’elle lisait.
« Oh », dit-elle.
Ana se pencha en avant. « Quoi ? »
Le docteur Nájera m’a regardé. « Il s’agit d’un dépôt de modèle original. Ce n’était pas courant à l’époque. Votre mère était très intelligente. »
« Elle l’était », ai-je murmuré.
« Cela pourrait vous conférer des droits légaux sur la filiation du modèle et les licences dérivées, sous réserve du statut de renouvellement et des protections du patrimoine culturel. Nous avons besoin d’un avocat. »
J’ai ri faiblement. « Hier, c’était bon pour la poubelle. Aujourd’hui, il lui faut un avocat. »
Le docteur Nájera n’a pas souri. « C’est souvent ainsi que l’histoire traite le travail des femmes. »
Le soir venu, mon petit appartement était plus animé qu’il ne l’avait été depuis des années. Le docteur Nájera a appelé un avocat spécialisé dans le patrimoine culturel. Ana a préparé du thé car mes mains tremblaient trop. J’ai appelé Doña Inés, ma voisine, car j’avais besoin de quelqu’un qui me connaissait avant même que les mots « musée » et « autorisation » ne fassent leur apparition dans ma cuisine.
L’avocate, une femme nommée Pilar Mendoza, est arrivée le lendemain matin.
Elle a tout examiné. Le rebozo. L’ancien certificat d’enregistrement. Le mot de ma mère. Les photos de famille. La boîte de fils. Les notes d’authentification préliminaires du Dr Nájera. Puis elle m’a posé une question.
« Est-ce que quelqu’un dans votre famille, et plus particulièrement votre fils ou votre belle-fille, a déjà utilisé des photos de vos tissages à des fins commerciales ? »
J’ai froncé les sourcils. « Daniel m’a demandé une fois des photos de vieux textiles. Il a dit que Marisol cherchait de l’inspiration pour un tableau d’inspiration pour la chambre d’un enfant. »
“Quand?”
« Il y a peut-être six mois. »
Le stylo de Pilar s’est arrêté de bouger.
« Avez-vous reçu les messages ? »
Je l’ai fait.
Je les ai retrouvés sur mon téléphone. Daniel avait écrit : « Maman, peux-tu m’envoyer des photos de ces vieux patrons d’Oaxaca que tu conserves dans la boîte en bois ? Marisol prépare une liste de naissance et souhaite quelque chose de “traditionnel mais chic”. »
J’avais envoyé six photos.
Non pas du rebozo. Il n’était pas encore terminé. Mais des vieux échantillons de ma mère. Des bordures. Des fleurs. Un coin délavé du motif flor de agua.
L’expression de Pilar se durcit.
« Savez-vous pour quelle entreprise travaille votre fils ? » a-t-elle demandé.
« Harrington Baby & Home », ai-je dit. « Il s’occupe du marketing. Marisol dit que c’est une marque de luxe. »
Le docteur Nájera et Pilar échangèrent un regard.
« Quoi ? » ai-je demandé.
Pilar ouvrit sa tablette et fit une recherche. Puis elle tourna l’écran vers moi.
Et voilà.
Annonce produit de Harrington Baby & Home.
Prochainement : la collection Heritage Bloom. Inspirée des motifs textiles ancestraux mexicains, réinventée pour les chambres d’enfants modernes.
L’image de prévisualisation montrait une couverture pour bébé avec une bordure à couper le souffle.
Pas exact.
Assez changé pour les avocats, peut-être.
Mais suffisamment proche pour que mes os le reconnaissent.
Fleur d’eau.
Les fleurs de ma grand-mère, simplifiées, aplaties, dépouillées de leur âme, imprimées sur du coton de luxe et vendues à 380 dollars la couverture.
Je fixais l’écran.
Ana murmura : « Non. »
La bouche du docteur Nájera se crispa en une ligne.
Pilar a demandé : « Avez-vous donné votre autorisation pour cette utilisation ? »
“Non.”
« Daniel savait-il qu’il s’agissait de schémas familiaux ? »
“Oui.”
« Marisol ? »
Je l’imaginais soulevant le rebozo entre deux doigts. J’ai pensé aux « choses du marché ». J’ai pensé à sa liste de naissance remplie de couvertures importées qui coûtent probablement plus cher que mes courses mensuelles.
« Elle en savait assez pour voler ce qu’elle trouvait joli », dis-je. « Pas assez pour respecter sa provenance. »
Pilar ferma la tablette.
« Nous entamons alors une procédure de cessation et d’abstention. »
Je n’ai pas appelé Daniel.
Pas encore.
La mise en demeure a été envoyée à Harrington Baby & Home, à l’adresse courriel professionnelle de Daniel et à Marisol, qui figurait apparemment comme « consultante créative » pour la collection Heritage Bloom. Pilar y a joint l’enregistrement familial, les notes d’authentification préliminaires, la preuve de l’envoi de mes photos à Daniel et une demande d’arrêt de la production par l’entreprise le temps de l’examen.
La réponse de Harrington fut rapide.
Très rapide.
Au début, ils ont tout nié. Langage d’entreprise classique. Similitude fortuite. Inspiration culturelle générale. Aucune revendication de propriété. Respect des artisans. Bla bla bla. Pilar a lu le texte à voix haute à ma table et a dit : « Ils sont nerveux. »
“Comment savez-vous?”
« Ils ont utilisé le mot respect quatre fois. »
Deux heures plus tard, Daniel a appelé.
J’ai vu son nom apparaître à l’écran.
Cette fois, j’ai répondu.
« Maman », dit-il d’une voix étranglée. « Qu’as-tu fait ? »
Et voilà, c’était de nouveau le cas.
Pas « Ça va ? »
Pas « Je suis désolé ».
Qu’est-ce que tu as fait?
J’ai regardé le rebozo plié à côté de moi. « J’ai protégé ce que ta grand-mère a laissé. »
Il expira bruyamment. « La situation est hors de contrôle. Mon patron m’a convoqué au service juridique. Ils pensent que j’ai divulgué des informations confidentielles. Marisol est hystérique. »
« Quel dommage ! »
« Maman, s’il te plaît. C’était juste une source d’inspiration. »
« Sept mois de travail réduits à néant hier. »
Silence.
Puis il baissa la voix. « Marisol avait tort. D’accord ? Elle était fatiguée. Elle venait d’avoir un bébé. »
“Et toi?”
“Quoi?”
« Qu’est-ce que vous venez de manger ? »
Il n’a pas répondu.
« Un enfant vous est né à tous les deux, Daniel. Mais un seul de vous a rejeté mon cadeau. Un seul de vous est resté silencieux. »
Sa voix s’est légèrement brisée. « Je ne savais pas que ça avait de la valeur. »
Cette phrase a fait plus de mal que l’insulte de Marisol.
Parce qu’elle était là.
Il n’a pas dit qu’il aurait dû défendre mon amour. Il a dit qu’il aurait défendu les valeurs.
J’ai fermé les yeux.
« Daniel, dis-je, si tu avais besoin d’un musée pour te dire que les mains de ta mère comptaient, alors j’ai moi aussi échoué quelque part. »
“Maman-”
« Non. Écoute-moi. Je t’ai élevé en te faisant croire que cher signifiait meilleur, car je voulais que tu échappes à la faim. Je t’ai laissé croire que le but était d’entrer dans des cercles où des gens comme Marisol t’approuveraient. Je ne t’ai pas assez bien appris que quelqu’un qui méprise tes origines finira par te mépriser aussi. »
Il était silencieux maintenant.
J’ai poursuivi : « Les avocats prendront la parole. Ne me rappelez plus, sauf pour vous excuser sans mentionner d’argent. »
J’ai raccroché.
L’affaire a éclaté trois jours plus tard.
Non pas parce que j’ai divulgué l’information.
Car les entreprises du luxe adorent les annonces publiques jusqu’à ce que quelqu’un tire sur le fil.
Un petit journaliste spécialisé dans les arts a rapporté que Harrington Baby & Home avait suspendu sa collection Heritage Bloom suite à des allégations d’utilisation non autorisée d’un motif textile familial autochtone lié à Teodora Velasco. Le Dr Nájera a fait une déclaration prudente concernant la préservation et le respect de ce patrimoine. Pilar n’a fait aucun commentaire. Harrington a adopté une position ferme quant à l’examen des préoccupations soulevées.
Puis quelqu’un a trouvé le message de Marisol concernant son hospitalisation.
Elle avait publié une photo de la chambre le jour de la naissance de Lucía. Pas du rebozo, Dieu merci. Mais d’elle-même tenant le bébé, avec la légende : « Rien que le meilleur pour ma princesse. Pas de bricoles bon marché. »
Les gens l’ont remarqué.
Les gens remarquent toujours quand la cruauté laisse une trace.
Au coucher du soleil, internet avait retrouvé ses anciens commentaires. Des blagues sur « l’esthétique du marché ». Une histoire où elle se moquait des « travaux manuels de grand-mère ». Une liste de naissance remplie d’articles importés étiquetés « vrai luxe ». Puis, un membre du personnel hospitalier, sous couvert d’anonymat, a confirmé qu’un incident s’était produit concernant une couverture faite main jetée à la poubelle.
Daniel a rappelé.
Je n’ai pas répondu.
Marisol a envoyé un message.
Doña Elena, je crois qu’il y a eu un malentendu. Je ne manquerais jamais de respect à votre culture. J’étais très émue après l’accouchement. Veuillez me contacter avant que cela ne nuise à la carrière de Daniel.
Je l’ai montré à Pilar.
Elle a déclaré : « Ce ne sont pas des excuses. C’est un communiqué de presse maquillé. »
Je n’ai pas répondu.
Harrington Baby & Home a demandé une réunion.
Pilar, le docteur Nájera et moi étions à leur cabinet de Mexico. Je portais ma simple robe grise, mes boucles d’oreilles en argent et le rebozo sur les épaules. Pas celui de Lucía. Un autre. Plus ancien. Plus rustique. Celui que ma mère m’avait confectionné pour mon mariage avec Julián.
La salle de conférence était remplie de verre, de chrome, de bouteilles d’eau et de gens qui souriaient comme s’ils avaient été entraînés à ne pas transpirer.
Daniel était assis près du bout de la table.
Marisol était assise à côté de lui, pâle et furieuse sous son maquillage.
Le directeur créatif de l’entreprise a commencé par un discours sur l’admiration, la collaboration, l’inspiration culturelle et les malentendus malheureux.
Pilar le laissa parler pendant trois minutes.
Puis elle a posé le certificat d’enregistrement original sur la table.
Le docteur Nájera a placé le rapport d’authentification à côté.
J’ai placé le rebozo au centre.
Pas jeté.
Mis.
La pièce a changé.
Même ceux qui ne comprenaient pas le tissage percevaient la présence.
Le directeur artistique se pencha en avant malgré lui.
Marisol détourna le regard.
Daniel regarda le tissu comme s’il le voyait pour la première fois.
« Ceci », a déclaré le Dr Nájera, « n’est pas un tableau d’inspiration. C’est un patrimoine vivant. »
Pilar a ajouté : « Ce patrimoine vivant bénéficie de droits familiaux documentés. Votre entreprise a utilisé des images obtenues par l’intermédiaire du fils de Mme Elena Velasco sans autorisation écrite, sans compensation, sans mention de la source ni consultation culturelle. »
L’avocat de la société a ajusté sa cravate. « Nous contestons l’accusation de plagiat. »
J’ai finalement pris la parole.
« Ma petite-fille est née la semaine dernière », ai-je dit.
Tous les regards se tournèrent vers moi.
« Je lui ai apporté ce rebozo parce que dans ma famille, le tissu n’est pas un simple ornement. C’est un souvenir. C’est la façon dont les femmes qui n’avaient rien ont laissé quelque chose derrière elles. Votre conseillère l’a jeté à la poubelle de l’hôpital en disant que sa fille n’utilisait pas les articles du commerce. »
Le visage de Marisol devint rouge écarlate. « J’étais épuisée. »
Je l’ai regardée. « Moi aussi, j’étais comme ça quand mon mari est mort et que je devais encore nourrir Daniel. Je n’ai pas rejeté les gens. »
Elle tressaillit.
Les yeux de Daniel se sont remplis.
Je ne me suis pas arrêté.
« Vous vouliez mes fleurs sans mes mains. Vous vouliez un patrimoine sans les vieilles femmes. Vous vouliez Oaxaca sans marchés, sans mains brunes, sans histoires, sans pauvreté, sans l’odeur de la laine, de la fumée et de la pluie sur les chemins de terre. Vous vouliez vendre la beauté et cacher ceux qui l’ont créée. »
Silence.
Le directeur artistique semblait sincèrement honteux.
Bien.
La honte peut être utile lorsqu’elle survient avant le procès.
Pilar a présenté nos conditions : arrêt de la collecte, reconnaissance publique, indemnisation pour tout développement non autorisé, mise en place d’un système de licences uniquement avec mon accord, financement d’un programme de préservation textile à Oaxaca dirigé par des artisanes, bourses d’études pour les jeunes tisserandes, interdiction d’utiliser le motif « flor de agua » sans mon autorisation écrite, retrait de Daniel du projet en attendant l’examen éthique, et retrait définitif de Marisol de son poste de consultante.
Marisol a explosé de joie.
« Vous ne pouvez pas nous faire ça », a-t-elle dit.
Je l’ai regardée calmement. « Je ne t’ai pas fait ça. J’ai apporté un cadeau. Tu as choisi les ordures. »
Daniel murmura : « Marisol, arrête. »
Elle se tourna vers lui. « Maintenant, tu parles ? »
Ces mots étaient destinés à le blesser.
Ils l’ont fait.
Parce qu’elles étaient vraies.
La réunion s’est terminée sans accord définitif, mais les collaborateurs d’Harrington savaient qu’ils étaient dos au mur. Le lendemain matin, leur PDG m’a appelé personnellement. Pas le supérieur de Daniel, mais la PDG mondiale. Une femme nommée Claire Harrington, petite-fille du fondateur, qui semblait épuisée et furieuse contre ses propres équipes.
« Madame Velasco, dit-elle, ce qui vous est arrivé est inacceptable. Ce qui est arrivé à votre travail est pire encore. J’aimerais venir chez vous et vous présenter mes excuses en personne, si vous me le permettez. »
J’ai failli dire non.
Alors j’ai dit : « Vous pouvez venir. Mais pas avec des appareils photo. »
Elle est venue seule.
Pas d’assistant. Pas de photographe. Pas d’équipe juridique.
Elle s’est assise à ma table de cuisine, a bu du café à la cannelle dans mes tasses ébréchées et a écouté pendant que je lui racontais l’histoire de ma grand-mère, de ma mère, de la boîte en bois, de la chambre d’hôpital, de la poubelle et de Lucía.
Quand j’eus terminé, elle dit : « Mon entreprise a profité d’histoires comme la vôtre sans toujours protéger les personnes concernées. Je ne peux pas revenir en arrière aujourd’hui. Mais je peux commencer par accepter vos conditions. »
Elle l’a fait.
L’établissement était plus important que Pilar ne l’avait imaginé.
Beaucoup plus grand.
Pas des millions pour moi seule, même si le montant de la compensation était tel que j’en ai eu le vertige. L’argent a été utilisé conformément à mes instructions : une fondation pour les tisseuses d’Oaxaca, une aide juridique pour les artisans protégeant les motifs familiaux, des programmes d’apprentissage, des fonds de santé et une exposition itinérante intitulée « Des mains qui se souviennent ».
Le rebozo devint la pièce maîtresse.
Non vendu.
Jamais vendu.
Prêté.
Avec mon nom. Le nom de ma mère. Le nom de ma grand-mère. Le nom de Lucía.
L’étiquette indiquait :
Rebozo Flor de Agua pour Lucía.
Tissé par Elena Velasco, d’après un motif familial de Teodora Velasco.
Soie et coton, sept mois de travail.
Réalisé comme cadeau d’une grand-mère.
La première fois que j’ai vu cette étiquette au musée, j’ai tellement pleuré qu’Ana a dû me tenir le bras.
Daniel est venu lui aussi.
Seul.
Marisol, non.
Il resta longtemps devant la vitrine. La lumière du musée adoucissait tout. Derrière le rebozo, une vidéo, filmée par la tante d’Ana, montrait mes mains en train de tisser. Mes vieux doigts se déplaçaient lentement sur les fils, sûrs malgré la raideur, familiers malgré la fatigue.
Daniel regardait, comme un homme qui voit se rejouer son enfance.
Finalement, il a dit : « J’ai oublié. »
Je n’ai pas demandé quoi.
Il me l’a dit en tout cas.
« J’avais oublié le bruit de ta machine à coudre la nuit. J’avais oublié m’endormir sous la table pendant que tu travaillais. J’avais oublié que tu vendais de la nourriture devant l’école. J’avais oublié que papa disait que tes mains nous avaient maintenus en vie. »
Je me tenais à côté de lui.
« Je n’ai pas oublié », ai-je dit.
Ses yeux s’emplirent de larmes. « Je sais. »
Nous nous sommes assis sur un banc près de l’exposition.
Pendant un moment, les gens se déplaçaient silencieusement autour de nous. Certains lisaient les étiquettes. D’autres se penchaient pour examiner le tissage. Une petite fille montra les fleurs du doigt et dit à sa mère qu’elles ressemblaient à de l’eau. Je souris.
Daniel s’essuya le visage. « Je suis désolé. »
J’ai attendu.
Il déglutit. « Non pas parce que c’était précieux. Non pas parce que les gens l’ont découvert. Non pas parce que mon travail en a été affecté. Je suis désolé parce que tu as apporté de l’amour dans cette pièce et que j’ai laissé ma femme le traiter comme une honte. Je suis désolé d’être resté là. Je suis désolé d’être devenu le genre d’homme qui a besoin d’étrangers pour lui apprendre que sa mère a de la dignité. »
Celui-là m’est parvenu.
Pas complètement.
Mais ça suffit.
« Qu’a dit Marisol ? » ai-je demandé.
Son visage se crispa. « Elle dit que vous avez gâché son expérience post-partum. »
J’ai failli rire.
Daniel, lui, ne l’a pas fait.
« Elle refuse de s’excuser tant que nous n’aurons pas réglé la question publiquement. Elle affirme que Lucía ne devrait pas être mêlée à ce genre de “drame artisanal”. »
“Et toi?”
Il regarda le rebozo. « J’ai déménagé hier. »
Je me suis tournée vers lui.
Il avait l’air épuisé. Rajeuni d’un coup. Pas un mari. Pas un cadre. Mon fils. Le garçon qui pleurait autrefois quand un oiseau avait heurté notre fenêtre.
« J’aurais dû le faire avant », a-t-il dit. « Pas à cause du procès. À cause de qui elle est quand personne d’important ne regarde. »
Cette phrase m’a fait comprendre qu’il avait enfin compris.
Marisol n’a pas disparu sans faire de bruit. Les personnes comme elle le font rarement. Elle a publié un message affirmant être victime d’une « indignation culturelle de façade ». Elle a expliqué être une jeune maman harcelée. Elle a déclaré avoir toujours eu l’intention de mettre à l’honneur les artisans mexicains. Puis, quelqu’un a republié sa légende « pas de produits artisanaux bon marché », et Internet a fait ce qu’il fait de mieux : refuser d’oublier ce qu’elle avait déjà montré.
Mais je n’ai pas bâti ma paix sur sa chute.
J’avais vécu trop longtemps pour confondre la honte publique avec la guérison.
La véritable guérison est venue lentement.
C’était la première fois que Daniel amenait Lucía seul chez moi. Elle avait six semaines, les joues rondes et somnolente, enveloppée dans une simple couverture en coton. Daniel se tenait devant ma porte, un sac à langer sur l’épaule, la peur dans les yeux.
« Pouvons-nous entrer ? » demanda-t-il.
Puissions-nous.
Pas « nous sommes là ». Pas « Marisol dit ». Pas « n’en fais pas tout un drame ».
Puissions-nous.
Je me suis écarté.
Il porta Lucía avec précaution jusqu’au canapé et la déposa dans mes bras.
Pour la première fois, j’ai tenu ma petite-fille dans mes bras.
Elle était chaude. Lourde comme un nouveau-né, comme si tout l’avenir s’était concentré dans son petit corps. Ses cils reposaient sur ses joues. Sa bouche bougeait dans son sommeil. J’ai touché sa minuscule main, et elle a refermé ses doigts sur les miens.
J’ai pleuré sans honte.
Daniel s’est assis à côté de moi, pleurant lui aussi.
« J’avais envie de l’embrasser à l’hôpital », ai-je murmuré.
“Je sais.”
« Non », ai-je dit. « Vous ne le savez pas. Vous pouvez l’imaginer. Mais vous ne le savez pas. »
Il baissa la tête. « Dis-moi. »
Alors je l’ai fait.
Je lui ai raconté ce que j’avais ressenti en partant sans avoir embrassé le bébé que j’attendais. Je lui ai dit combien la lumière de l’ascenseur me paraissait aveuglante, combien le rebozo me semblait lourd et fragile dans mes bras, combien j’étais restée assise dans le noir, avec l’impression que Marisol n’avait pas jeté un morceau de tissu, mais toute la route qui m’avait menée à cet hôpital.
Daniel écouta.
Il ne s’est pas défendu.
C’était important.
Au bout d’un long moment, il a demandé : « Pourra-t-elle l’utiliser un jour ? »
Je l’ai regardé.
« Le rebozo », dit-il. « Pas pour les photos. Pas pour Marisol. Pas pour le montrer aux gens. Juste… un jour. Si tu veux. »
J’ai baissé les yeux vers Lucía.
« Non », dis-je doucement.
Daniel hocha la tête, blessé mais résigné.
« Ce rebozo ne lui appartient plus seulement », ai-je poursuivi. « Il fait désormais partie d’une histoire. Mais je lui en créerai une autre. »
Ses yeux se sont remplis à nouveau.
« Avec un fil neuf », dis-je. « Et cette fois, quand je le lui donnerai, c’est toi qui le passeras autour de ses épaules. »
Il se couvrit le visage.
C’est ainsi que tout a commencé.
Une réconciliation imparfaite. Ce genre de réconciliation n’existe que dans les histoires que l’on se raconte pour éviter les efforts. Daniel a dû regagner ma confiance. Il venait tous les dimanches. Parfois avec Lucía. Parfois seul. Il m’aidait à porter les courses. Il a réparé la rambarde du balcon. Il s’asseyait pendant que je lui apprenais les nœuds les plus simples, même si ses grandes mains étaient maladroites et impatientes au début. Je le faisais recommencer chaque fois qu’il tirait trop fort.
« Le fil se souvient de la force », lui ai-je dit.
Il m’a regardé. « Les gens aussi. »
“Oui.”
Marisol et Daniel se sont séparés avant le premier anniversaire de Lucía. La garde a été compliquée, comme c’est souvent le cas lorsque l’orgueil entre en jeu. Marisol privilégiait l’image de la maternité aux contraintes. Elle rêvait de séances photos, de poussettes de marque, de tenues assorties et de légendes telles que « élever une reine ». Daniel, à son crédit, a appris à changer les couches, à prendre rendez-vous chez le médecin, à chanter des berceuses et à distinguer les pleurs de Lucía lorsqu’elle a faim de ceux lorsqu’elle est en colère.
Je ne suis pas intervenu.
J’ai documenté les informations lorsque cela était nécessaire.
Pilar a aidé Daniel à fixer des limites car Marisol adorait utiliser le bébé comme une scène. Pas de photos au musée sans autorisation. Pas de publications sur le patrimoine culturel utilisant le nom de ma famille. Pas de monétisation du lien de Lucía avec le rebozo. Pas de déclarations publiques selon lesquelles Marisol aurait « découvert » le motif. Chaque clause était comme une serrure érigée non pas contre l’amour, mais contre le vol.
Lorsque Lucía avait deux ans, l’exposition “Hands That Remember” a voyagé jusqu’à New York.
Je suis allé.
Moi, Elena Velasco, veuve de Coyoacán, fille de femmes qui vendaient sur les marchés et tissaient dans les cours, je me trouvais dans un musée où l’on parlait à voix basse devant le rebozo que Marisol avait qualifié de vieux et laid. Une conservatrice me présenta comme une maîtresse tisseuse. J’ai failli me retourner pour voir de qui il s’agissait.
Après ma conférence, une jeune Américaine d’origine mexicaine est venue me voir en pleurs. Elle m’a expliqué que sa grand-mère tissait autrefois, mais qu’elle avait arrêté car sa famille lui avait dit que les objets faits main étaient mal vus aux États-Unis. Elle a ajouté qu’en voyant mon rebozo, elle avait eu envie d’appeler sa grand-mère « abuela ».
« Appelle-la », dis-je. « Avant que quelqu’un soit obligé de mettre son travail sous verre pour que tu puisses l’apprécier. »
Elle riait et pleurait en même temps.
Ce soir-là, dans ma chambre d’hôtel, j’ai appelé Daniel en vidéo. Lucía dormait sur sa poitrine. Il avait l’air fatigué. D’une fatigue heureuse.
« Comment c’était ? » murmura-t-il.
“Étrange.”
« Bon étrange ? »
J’ai regardé par la fenêtre et j’ai vu une ville plus grande que tout ce que ma grand-mère avait jamais vu.
« Oui », ai-je dit. « Bizarre, mais bien. »
Puis Daniel a tourné la caméra vers Lucía. Elle portait une petite couverture tissée sur les jambes. Pas la mienne. La sienne.
Les bords étaient irréguliers.
Les couleurs étaient maladroites.
Mais j’ai reconnu le schéma qu’il avait essayé d’adopter.
Pas flor de agua. Pas encore.
Juste quelques petits traits.
Lignes de début.
« C’est vous qui avez fait ça ? » ai-je demandé.
Il avait l’air gêné. « Fortement. »
J’ai souri. « Oui. »
Il rit doucement.
« Mais avec amour », ai-je dit.
Son visage s’adoucit. « J’apprends. »
C’était tout ce que j’avais toujours voulu de lui.
Les années ont passé.
La fondation prit de l’ampleur. Des femmes qui vendaient autrefois leurs créations pour presque rien commencèrent à enregistrer les motifs, à négocier des contrats équitables et à transmettre leur savoir-faire à leurs filles sans complexe. Ana rejoignit la fondation après avoir quitté son emploi à l’hôpital pour se consacrer à la défense des droits des femmes en matière de santé culturelle. Le Dr Nájera publia un livre sur Teodora Velasco et la lignée oubliée de la fleur d’eau. Pilar acquit une notoriété effrayante auprès des entreprises qui avaient bâti des collections entières sur l’« inspiration » puisée auprès de femmes qui n’avaient jamais été rémunérées.
Et moi ?
J’ai continué à tisser.
Non pas parce que les musées l’ont demandé.
Parce que mes mains avaient encore besoin de parler.
Lucía devint une petite fille brillante, avec les yeux de Daniel et le menton têtu de ma mère. Elle adorait caresser les tissus du bout des doigts. À quatre ans, elle savait déjà reconnaître le coton, la soie, la laine et le polyester au toucher, ce qui me rendait plus fière que n’importe quelle étiquette de musée. Elle m’appelait Abuela Hilos, Grand-mère Fils. J’acceptais ce titre avec honneur.
Un après-midi, alors qu’elle avait cinq ans, je l’ai emmenée à l’exposition à Mexico. Daniel nous accompagnait. Le rebozo original était exposé sous une vitrine, doucement éclairé. Lucía se tenait devant, vêtue d’une robe jaune et de chaussures rouges.
« C’était à moi ? » demanda-t-elle.
« Il a été fait pour toi », ai-je dit.
« Pourquoi est-ce dans une boîte ? »
Daniel s’agenouilla près d’elle. Il me regarda d’abord, comme pour me demander la permission du regard.
J’ai hoché la tête.
Il a dit : « Parce que lorsque tu es né, Abuela a créé quelque chose de très beau. Et certaines personnes ne l’ont pas compris. Alors maintenant, c’est là pour l’enseigner aux gens. »
Lucía fronça les sourcils. « Qui n’a pas compris ? »
Daniel déglutit. « Je n’ai pas dégluti. »
Elle le regarda. « Mais maintenant, tu le sais ? »
Il sourit tristement. « J’essaie. »
Lucía réfléchit à cela, puis reporta son attention sur le rebozo.
« On dirait des fleurs aquatiques », a-t-elle dit.
J’ai touché ses cheveux.
« Oui, mon amour. C’est exactement ça. »
Quand elle avait sept ans, je lui ai offert le deuxième rebozo.
Pas à l’hôpital. Pas sous les néons. Pas avec Marisol qui la jugeait depuis son lit et Daniel silencieux à ses côtés. Je le lui ai donné dans mon appartement, après un chocolat chaud et des viennoiseries, Daniel assis en face de nous, les larmes déjà aux yeux.
Ce rebozo était plus petit, plus coloré, fait avec du fil neuf et il lui manquait un tout petit pétale dans un coin.
Lucía le déplia soigneusement.
« C’est toi qui as fait ça pour moi ? » demanda-t-elle.
“Oui.”
« Combien de temps cela a-t-il pris ? »
« Assez longtemps pour que l’amour apprenne la patience. »
Elle l’enroula autour de ses épaules.
Daniel m’a regardé.
Puis, très délicatement, il ajusta le bord près de son cou comme je le lui avais montré.
Mon fils a disposé mon œuvre autour de sa fille avec respect.
C’est à ce moment-là que la chambre d’hôpital m’a enfin laissée partir.
Pas complètement.
Certaines blessures laissent des marques.
Mais ça suffit.
Marisol est restée présente dans la vie de Lucía, mais de façon limitée. Elle s’est adoucie sur certains points, mais est restée superficielle sur d’autres. Je ne prétends pas que l’on devienne sage sous le poids des conséquences. Parfois, on se contente de se faire plus discret. Elle ne s’est jamais excusée sincèrement auprès de moi. Un jour, lors d’un événement scolaire, elle a dit : « J’étais sous pression à l’époque. » J’ai répondu : « Le rebozo aussi. » Elle n’a pas compris. Et c’était bien ainsi.
Lucía comprit.
C’était ce qui comptait le plus.
Pour mes quatre-vingts ans, la fondation organisa une fête à Oaxaca. Pas un gala – je déteste ce mot. Une réunion. Des femmes étaient venues des villages, des villes, des marchés, des universités, des musées. Certaines portaient des rebozos plus vieux que moi. Certaines avaient amené leurs filles, d’autres leurs petites-filles. Il y avait de la musique, à manger, des discours interminables et une rangée de jeunes tisseuses qui avaient reçu des bourses d’études au nom de Teodora Velasco.
Lucía se tenait à mes côtés sur scène, arborant fièrement son rebozo. Daniel, au premier rang, applaudissait à tout rompre, sans téléphone, sans chercher à impressionner qui que ce soit. Il applaudissait, tout simplement.
J’ai parlé brièvement parce que les vieilles femmes savent quand la nourriture refroidit.
« Ma grand-mère a un jour qualifié mon travail de produit du marché », ai-je dit.
Un frisson parcourut la foule.
J’ai souri. « Elle avait raison sur un point. C’est grâce aux marchés que notre travail a survécu. Les marchés ont nourri nos enfants. Les marchés ont véhiculé des couleurs qu’aucun musée n’a protégées. Les marchés ne sont pas une honte. La honte appartient à ceux qui s’approprient notre beauté après avoir effacé nos noms. »
Les applaudissements montèrent lentement, puis atteignirent leur apogée.
J’ai regardé Lucía.
« Ce rebozo était à l’origine un cadeau pour un bébé », ai-je poursuivi. « Aujourd’hui, il appartient à chaque fille à qui l’on a dit que ce qui sort des mains de sa grand-mère a moins de valeur que ce qui vient d’un magasin. »
Lucía m’a serré les doigts.
Ce soir-là, une fois tout le monde parti, Daniel et moi nous sommes assis dehors sous un ciel étoilé. J’avais mal aux genoux et aux mains. Pourtant, mon cœur se sentait étrangement jeune.
« Je pense encore à l’hôpital », a déclaré Daniel.
“Moi aussi.”
« J’aurais aimé le récupérer avant toi. »
Je l’ai regardé. « J’aurais souhaité que tu l’aies arrêtée avant qu’elle ne le jette. »
Il ferma les yeux. « Oui. »
La vérité ne le détruisait plus. C’était cela, la croissance.
« Je ne peux rien y changer », a-t-il déclaré.
“Non.”
« Mais je peux continuer à apprendre à Lucía à ne jamais avoir honte de toi. »
J’ai regardé vers la porte où ma petite-fille riait avec Ana et deux jeunes tisserands.
« Pas de moi », ai-je dit. « D’elle-même. »
Daniel acquiesça. « D’elle-même. »
À ma mort, le rebozo original ne sera pas vendu. C’est stipulé dans mon testament. Il restera dans la collection de la fondation, voyageant au besoin et se reposant lorsqu’il sera fatigué. Le second rebozo appartient à Lucía. La boîte en bois lui appartient également, ainsi que le mot de ma mère, la photographie de Teodora et les documents juridiques que ma mère a eu la sagesse de conserver à une époque où l’on disait aux femmes comme nous que notre travail ne méritait pas d’être consigné par écrit.
Daniel le sait.
Il ne se demande plus quelle est la valeur des choses avant de se demander ce qu’elles signifient.
C’est peut-être le plus grand héritage que je lui laisse.
On dit souvent que le secret du rebozo résidait dans sa valeur de millions.
Ils ont tort.
L’argent comptait. Évidemment. L’argent payait les avocats, finançait les tisserands, protégeait les motifs, créait des bourses d’études et obligeait les puissants à s’asseoir aux tables où ils volaient autrefois sans sourciller.
Mais le vrai secret n’a jamais été le prix.
Le véritable secret résidait dans le fait que le rebozo portait des preuves.
La preuve que les vieilles femmes ne sont pas inutiles.
La preuve que fait main ne rime pas avec bon marché.
La preuve que les marchés ne sont pas honteux.
La preuve que l’héritage ne se résume pas à des terres, des maisons ou des comptes en banque. Parfois, c’est un motif dont on se souvient grâce à ses doigts. Un pétale manquant dans un coin. Une boîte de fil sauvée de la faim. Une grand-mère qui refuse de laisser l’amour se perdre.
Marisol pensait avoir jeté un chiffon.
Elle a laissé passer l’occasion de recevoir une bénédiction en douceur.
Daniel pensait que le silence maintiendrait la paix.
Il a appris que le silence pouvait devenir une trahison.
Et moi, Elena Velasco, j’ai appris à soixante et onze ans que la dignité ne s’éteint pas simplement parce que les gens que vous aimez oublient comment vous voir.
Le jour où ma belle-fille a jeté mon rebozo à la poubelle de l’hôpital, je suis sortie sans embrasser ma petite-fille.
Pendant longtemps, j’ai cru que c’était mon plus grand chagrin.
Mais des années plus tard, lorsque Lucía se tenait dans mon appartement enveloppée dans le deuxième rebozo, tournant sur elle-même tandis que Daniel ajustait le bord avec des mains expertes, j’ai compris quelque chose.
L’amour rejeté est toujours de l’amour.
L’amour humilié reste de l’amour.
L’amour récupéré dans les ordures, secoué pour le nettoyer, blotti contre le cœur et ramené à la maison peut devenir quelque chose de plus fort que l’approbation.
Cela peut devenir un héritage.
Et certains héritages n’ont pas besoin de demander la permission pour s’élever.
Ils attendent dans de vieilles caisses en bois.
Ils dorment dans les mains des femmes.
Ils survivent à l’étiquette de bon marché.
Puis un jour, sous les projecteurs d’un musée ou dans la cuisine d’une grand-mère, elles se dévoilent.
Et enfin, tout le monde voit ce qui n’aurait jamais dû être jeté.